Ethique – Le double jeu des médecins de l’antidopage au dopage… sans état d’âme !

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Décryptage – Le basculement de la prévention à la transgression

Le médecin du sport par définition se doit de protéger la santé des athlètes tout en garantissant l’équité face à la compétition. Or, l’histoire du sport professionnel montre que la frontière entre optimisation de la performance et dopage est souvent franchie. Et que des praticiens actifs dans l’antidopage pendant des années vont basculer dans l’accompagnement des soins illicites à leurs patients sportifs.

Des piliers de l’antidopage vont devenir des médecins miracles très recherchés grâce à leurs protocoles de dopage high tech. Dans cette confrérie de la seringue, on trouve des stars de la dope, en particulier Francesco Conconi, initiateur et propagandiste du dopage à l’EPO et à la transfusion sanguine.

Parallèlement, il était chargé (sans jeu de mots) de mettre au point une technique analytique afin de détecter l’EPO. Il a reçu de fortes subventions pour, au final, ne rien trouver en racontant pendant des années – tous les six mois – qu’il était sur le point d’aboutir.

Le médecin allemand Joseph Keul était au cœur d’un système de dopage organisé sous sa direction à l’université de Fribourg-en-Briseau.

Un troisième gros poisson du dopage, le Russe, Grigory Rodchenkov, était à la fois le patron des laboratoires de Moscou et de Sotchi accrédité par l’Agence mondiale antidopage (AMA) de 2005 à 2015 alors que dans le même temps, il avait mis au point un système sophistiqué pour remplacer les urines de ses compatriotes dopés par des urines propres de complices.

Pour nous, la raison principale du basculement est due à l’hostilité de l’ensemble du milieu sportif (Fédérations, dirigeants, organisateurs, sponsors, staffs médico-sportifs des fédérations et/ou des clubs, sportifs eux-mêmes le plus souvent véhéments, en vérité par l’ensemble des composants du milieu ) envers les médecins de l’antidopage, notamment ceux qui sont mandatés et assermentés pour effectuer le recueil des prélèvements urinaires et sanguins.

Alors qu’au contraire  les médecins dopeurs sont adulés et recherchés par la majorité des sportifs de haut niveau, les surnoms attribués à ces stars de la pastoche en témoignent : Dr Légende, Dr Miracle, le Mythe, Le Mage, El Importante…

En vérité, c’est beaucoup plus valorisant et glorieux d’être admis à la table du champion, invité à son mariage ou sollicité pour être le parrain du fiston, que d’être voué aux gémonies par le sportif contrôlé positif.

Roger Bastide, un immense journaliste de sport (il en existe !), tout à tour collaborateur de L’Equipe au début des années 1950 puis au Miroir des Sports et au Parisien Libéré (1951-1981), avait bien analysé le comportement du milieu de la compétition envers les gardiens de l’éthique : « Les médecins contrôleurs sentent, autour d’eux, une réserve quand ce n’est pas une hostilité à peine déguisée. Ils sont accueillis sans chaleur, c’est le moins que l’on puisse dire, par les coureurs, les directeurs sportifs et même les organisateurs. » [Cyclisme Magazine, 1972, n° 48, 18 mai, p 28]

Le Dr Jean-Paul Fanen, médecin fédéral de cyclisme au comité d’Aquitaine au début des années 1970, raconte que l’hostilité aux contrôles et à ceux qui les effectuent entraîne des actes violents à leur encontre. C’est dans l’hebdo Le Point qu’il s’exprime pour dénoncer les faits suivants : « J’ai autre chose à faire que de m’occuper de délinquance. En août 1971, j’ai été poursuivi en voiture par des coureurs furieux. En octobre 1972, un directeur sportif a soudoyé une bande de voyous pour m’agresser. J’ai eu une vertèbre et deux côtes cassées. » [Le Point, 22.11.1976]

C’est peut être un cas extrême mais moi-même j’ai reçu des menaces de mort téléphoniques, ma voiture a été cabossée volontairement pendant que j’étais occupé à donner une conférence sur le dopage en banlieue parisienne. Le docteur Gérard Porte, médecin sur le Tour de France de 1976 à 2010, pour sa part, se range dans une catégorie plus qu’étonnante mais aussi significative quant à son ‘’empathie’’ à l’encontre des ‘’pestiférés’’ de l’antidopage. Fréquentant les pelotons par amour du vélo, il ne cherchait pas à dissimuler aux coureurs les risques liés aux cocktails ainsi qu’au surdosage qu’à les dissuader de les utiliser. Sa philosophie de la médecine ? : « Nous, nous sommes les médecins de la course : nous sommes là pour assurer les soins des coureurs. Et puis il y a d’autres médecins sur la course pour faire les contrôles antidoping. Ces gens- là on ne les connaît pas et on ne veut pas les connaître… » |Tonus, 11.07.1980, n° 493]

Dernier témoin, Bernard Hinault dit Le Blaireau, au palmarès le plus riche du cyclisme tricolore, qui ne fait pas semblant de ne pas aimer ceux qui assument la mission délicate d’effectuer des tests urinaires : « Il faut savoir faire confiance aux médecins. Pour moi, ceux du CHU de Nantes. A partir de là, il ne peut y avoir de problèmes. Ils savent ce qu’est un corps humain, peut-être mieux que ceux qui font les contrôles et, surtout, ils connaissent toutes ses réactions face aux efforts sportifs. »  [Lui, 1983, n° 234, juillet, p 24]

Globalement, toute la chaîne antidopage est perçue par l’ensemble des acteurs de la performance comme un obstacle à se soigner, euphémisme signifiant en clair à se doper. A ce sujet, rappelons le commentaire de Lance Armstrong à l’adresse du patron de l’AFLD Pierre Bordry. Tant que le laboratoire ne détectait aucun produit dopant dans les urines de l’Américain, le labo était considéré comme le meilleur centre analytique du monde. Dès que les analyses du Tour 1999 effectuées a posteriori dans le cadre d’un travail destiné à améliorer la détection d’ l’EPO, ont décelé qu’Armstrong avait utilisé la fameuse hormone, le laboratoire français de Châtenay-Malabry est devenu aux yeux du boss du peloton, le plus tocard de la planète.

En dehors d’être les mal-aimés du sport de compétition, les tenants de l’antidopage sont sous la pression malsaine des acteurs du monde professionnel qui se croient intouchables et veulent imposer leurs vues en entravant la régularité des contrôles  antidopage.

C’est Jean-Pierre Verdy (JPV), directeur du département des contrôles de l’Agence français de lutte antidopage (AFLD) de 2006 à 2015 qui en témoigne dans son ouvrage « Dopage. Ma guerre contre les tricheurs » (éd. Arthaud, 2021).

  • Cyclisme – Le cas emblématique de Lance Armstrong

L’Américain, après avoir ‘’résisté’’ à un cancer des testicules, remporté 7 Tours de France, prend sa retraite pendant 3 ans (2006-2008), mais décide de faire son come-back sur la Grande Boucle 2009. Une erreur majuscule !La suspicion du dopage le poursuit depuis 1999. Au printemps 2009, l’AFLD décide d’organiser un contrôle antidopage au domicile de location dans les Alpes-Maritimes où s’entraîne le coureur.

Alors qu’après la notification du préleveur, il doit rester sous son contrôle visuel, L.A. va entraver le contrôle en prétextant prendre une douche tout en laissant à la porte  de l’habitation pendant plus de 20 minutes le médecin contrôleur.

JPV décrit la suite rapportée par le médecin contrôleur Olivier Grondin : « Là, il jette un œil dans la cabine de douche, qui se trouve être complètement sèche. Armstrong n’a donc pas pris de douche comme il l’a prétexté. En revenant dans la pièce, Grondin constate que le coureur est au téléphone, avec semble-t-il le président de l’Union cycliste internationale, pour vérifier si ce contrôle est légal. Quel autre sportif peut se permettre d’appeler en direct, au moment d’un contrôle, le président de sa fédération internationale ? Pour que celui-ci prenne le temps de lui expliquer le cadre légal de la procédure ! Bravache, Armstrong lance à Grondin que les analyses seront négatives … Bien sûr, elles le seront. En revanche, le contrôle ne s’est pas du tout déroulé en conformité avec la procédure. Le préleveur a donc produit un rapport circonstancié de la manière dont s’est réalisé le contrôle inopiné du septuple vainqueur du Tour de France. À la suite de quoi, normalement, Lance Armstrong aurait dû être sanctionné. Curieusement, il n’en sera rien … Aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas pourquoi. Car un refus de se soumettre à un contrôle équivaut à un contrôle positif. En toute logique, l’Union cycliste internationale devait suspendre le coureur. Au lieu de quoi, son président Pat McQuaid va monter au créneau pour défendre son protégé. De son côté, Armstrong a déclaré dans la presse: « Je trouve incroyable d’avoir été testé 24 fois sans incident et que le premier test fait en France donne lieu à d’outrageuses accusations … C’est un autre exemple de la conduite inappropriée des organisations françaises antidopage. Je suis désolé qu’elles soient déçues, que tous les contrôles soient négatifs, mais je n’utilise pas de produits ou substances interdites. » [NDLR : on connaît la suite et ses aveux en direct à la TV américaine]

Au lendemain de cette affaire, nous avons reçu à l’Agence des lettres d’insultes du monde entier. On nous accusait de harcèlement à l’encontre de ce magnifique champion. » (pp 108-109)

Armstrong le tricheur absolu est défendu par des pseudos-supporters qui prennent pour cible les tenants de la lutte antidopage. Ce n’est pas nouveau mais cela confirme qu’au jeu du gendarme et du voleur, il vaut mieux appartenir à la catégorie de ceux qui fonctionnent en dehors des clous.

  • Football : en tête des mauvais coucheurs
  • Le Dr Marc Germain, directeur médical de la FFF de 2010 à 2014

JPV : « Le 20 septembre 2010, un nouveau médecin s’est présenté à l’Agence. Il venait d’être nommé directeur médical à la Fédération française de football et nous avions rendez-vous pour une prise de contact. Nous avons discuté dans mon bureau en présence de mes adjointes Maud Ehrlich et Sylvie Montalibet. Le docteur a commencé par s’étonner du nombre de contrôles dans le football. Il les jugeait trop importants ! Je lui ai expliqué que nous avions mis en place, conformément aux textes de loi, un plan annuel des contrôles validé par le collège de l’Agence française de lutte contre le dopage. Et ce plan prévoyait un nombre de sportifs identique pour tous les sports collectifs. Il s’est alors emporté, prétextant qu’aucun footballeur n’avait jamais été contrôlé positif à l’EPO. En conséquence, il nous fallait arrêter d’embêter les footballeurs pour nous concentrer sur des sports de tricheurs – dont il s’est empressé de nous citer les noms … Sidéré, j’ai néanmoins gardé mon calme pour lui répondre qu’il en était hors de question. Une politique avait été définie par le collège de l’Agence et de toute manière, ce serait injuste vis-à-vis des autres disciplines. Chaque sport devait être traité de la même manière et avec équité. Le docteur s’est alors mis à hurler devant mes collaboratrices : « Mais qui vous êtes ?» Je lui ai rappelé ma fonction de « responsable national des contrôles antidopage». Il m’a alors lancé : « Que représentez-vous vis-à-vis de nous? Qui êtes-vous par rapport à nous ? » Puis il a quitté mon bureau en criant « Il se prend pour qui ? »

C’était la première fois qu’un responsable médical d’une fédération venait dans mon bureau pour me mettre ce que je ressentais comme de la pression. Avec nous, il était plutôt mal tombé : un mois après, je doublais le volume des contrôles sur le foot. » (pp 77-78)

  • Didier Deschamps (alors coach de l’OM de 2009 à 2012)

JPV : « Le comportement du médecin (Dr Marc Germain) concerné traduisait en tout cas une forme de sentiment d’impunité du monde du football. Par exemple, lors d’un match Lyon-Marseille le dimanche 8 mai 2011, deux médecins avaient été dépêchés au stade de Gerland pour effectuer des contrôles sur des joueurs après la rencontre. Le docteur Philippe Radoszycki a relaté par courrier à l’Agence un incident avec le coach de l’OM. Sans y être invité, Didier Deschamps est entré dans le local réservé aux préleveurs. Il a expliqué aux médecins que le club avait déjà eu la visite d’un préleveur le vendredi et que huit joueurs de son équipe avaient déjà été contrôlés. « Il me dit que je devrais être au courant de ce contrôle, raconte le médecin. Il précise que l’ AFLD et ses préleveurs ont de la crème fraîche au lieu du cerveau. Je me permets de répondre que l’activité de préleveurs ne se résume pas aux prélèvements mais que chacun de nous a une activité professionnelle. Je précise que le lundi 9 mai (soit le lendemain), je réaliserai des autopsies à Lyon d’ordre judiciaire. [ … ] Il me confirme que l’AFLD et ses préleveurs sont incompétents. » Didier Deschamps ignore que l’on peut être contrôlé plusieurs fois, que c’est le lot des coureurs du Tour de France par exemple. Mais il se permet de mettre en cause des médecins qui viennent prélever des joueurs le soir, après une longue journée de travail à leur cabinet. Ses interventions nous montraient que certains acteurs de ce sport se croient en marge des autres, avec sa culture propre, avec laquelle il allait nous être difficile de composer. » (pp 78-79)

Avec les moyens financiers considérables de l’AMA, de l’ITA, du TAS, de l’AFLD et de ses antennes, les dirigeants ne sont plus des médecins du sport. Ce sont désormais des juristes, des avocats, des pharmaciens issus de l’industrie. Ils ne peuvent pas devenir des « dopeurs » pour deux raisons simples :

  • ils ne maîtrisent pas les protocoles sophistiqués utilisés sur le terrain ;
  • ils ne sont pas connus ni intégrés dans les réseaux des sportifs.

En revanche, leur fonction leur permet de voyager à travers le monde, d’assister à des congrès sous les tropiques, de séjourner dans des palaces… et d’être très confortablement rémunérés.

POUR EN SAVOIR PLUS – BLOG JPDM – Autres liens sur les dérives des médecins du sport impliqués dans des affaire de dopage

Antidopage – Certains médecins impliqués dans la lutte nient l’efficacité des médocs de la performance … alors que d’autres qui ont suivi le même cursus universitaire démontrent que la dope ça marche ! Il y quelques jours, nous avons publié un texte opposant Jacques Anquetil et Laurent Fignon sur la réalité de l’impact des stimulants dans le palmarès des Géants de la route. Mais quels sont les propres arguments des médecins défenseurs de l’équité sportive, face à la réalité du dopage? Les radars des laboratoires analytiques étant peu sensibles, les toubibs – pour dissuader prônent à la fois l’inefficacité et la dangerosité … sans preuve scientifique. Décryptage – publié le 31 mai 2021

Antidopage – Certains médecins impliqués dans la lutte nient l’efficacité des médocs de la performance … alors que d’autres qui ont suivi le même cursus universitaire démontrent que la dope ça marche ! Docteur Jean-Pierre de Mondenard (dopagederhondenard.com)

Dopage – La triche biologique est efficace – Un énième témoignage s’ajoute aux expertises scientifiques validées ! Un skieur de fond constate qu’il obtient 30 secondes de bénef sur 30 minutes de course, soit un gain des de 1,7%. C’est suffisant pour grimper dans la hiérarchie ! Or, par un effet pendulaire, pendant de nombreuses années, les tenants de l’antidopage ont nié mordicus la moindre efficacité aux substances illicites alors qu’aujourd’hui, rares sont ceux qui croient encore à cette fable – publié le 28 février 2022

Tour de France ton histoire – La liste noire des « préparateurs » du peloton soupçonnés de soins illicites. Pour la grande majorité, rattrapés par la justice. Pour être médecin ou préparateur-star du peloton, il n’est pas indispensable d’avoir fait des études de médecine de haut niveau. Il suffit de s’y connaître en médocs de la performance et d’avoir la réputation d’éviter à ses adeptes les tests positifs – publié le 29 juin 2025

Tour de France ton histoire – Cols du Galibier et du Lautaret, deux Géants des Alpes

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Chronique des cols : une analyse par JPDM de l’histoire des ascensions de la Grande Boucle fondée sur des documents d’époque qui contredisent souvent les informations du site officiel du Tour de France

Jusqu’en 1936 et la construction d’une nouvelle route directe entre le Lautaret et le Galibier, le côté sud jusqu’alors le plus difficile assimilé à un ‘’mur’’, devient beaucoup plus facile avec un trajet plus long et des lacets plus nombreux diminuant de façon importante les pourcentages de la pente.

De 1911 à 1935 inclus, la route directe Briançon-Galibier ne passait pas par le Lautaret. Les pourcentages des dix derniers kilomètres de la montée sud-est du Géant des Alpes, selon les chroniques de l’époque, indiquaient un pourcentage moyen de 10% avec des passages à 14%, voire à 17% dans certains virages.

Depuis, la nouvelle route construite en octobre 1935 passant par le Lautaret fait 8,6 km entre les deux cols pour un dénivelé moyen de 6,8%.

De 1922 à 1927 (à 6 reprises), les coureurs partant de Briançon et franchissant le Galibier pour atteindre Genève, Evian ou Gex passaient à 2 km en-dessous du Lautaret.

Pour les deux cols, nous proposons : dates mémoires, chiffres remarquables, témoignages des pionniers des deux ascensions ainsi que les différents passages aux sommets du Galibier et du Lautaret.

Parcours : trois remarques historiques

  1. De 1911 à 1974, les coureurs franchissent le col du Galibier par un tunnel à l’altitude de 2 556 m. Le sommet n’est accessible que par un chemin de randonnée jusqu’à une table d’orientation. A partir de 1979, les cyclistes du Tour de France empruntent une nouvelle route passant par le sommet à 2 642 m.
  2. De 1911 à 1935, le versant sud reliant directement Briançon au Galibier, ou vice-versa- ne passe pas par le Lautaret mais un à deux kilomètres en-dessous du col.
  3. Cette nouvelle route atténue considérablement le pourcentage de la pente du versant sud qui, jusque-là, était le plus difficile – un véritable mur selon l’expression des Géants de la Route. En revanche, à partir de 1936, c’est le versant nord qui domine au plan des difficultés.

Même très exigeant dans mes recherches, je ne suis pas exempt moi non plus de faire des erreurs. C’est pourquoi, je demande aux lecteurs avertis – sur la base de documents d’époque – de me communiquer les éventuels manques. Merci d’avance.

Carte montrant la nouvelle route ouverte en octobre 1935 entre le col du Lautaret et le col du Galibier, avec annotations sur les altitudes et l'ancienne route.

Dopage – Coca-Cola, sponsor olympique depuis 1928, booste la consommation de caféine dans le sport de compétition.

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La triméthylxanthine est un stimulant du système nerveux central aux multiples effets favorables sur la performance. Plus de 100 études scientifiques en ont apporté la preuve.

Histoire du sport – Qui, en 1894, a inventé la course du marathon ?

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[publié le 3 janvier 2017]

C’est Michel Bréal, un linguiste français, qui proposa d’assortir les premiers Jeux olympiques modernes d’une course à pied de grand fond, appelée marathon, sur la distance du parcours effectué 2 386 ans plus tôt par le soldat de la bataille de Marathon, entre cette ville et Athènes afin d’annoncer à ses compatriotes la victoire des leurs face aux Perses.

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Le linguiste français Michel Bréal (1832-1915), inventeur de la course du marathon

En mémoire de l’hémérodrome ‘’inconnu’’

12 septembre 490 avant Jésus-Christ, 40 kilomètres au nord-est d’Athènes.

Un soleil de plomb en fusion embrase le vaste cirque de Marathon. Quelques 20 000 envahisseurs perses, soldats de Darios 1er, alignés derrière leurs boucliers, attendent le signal de la charge. En face, sur l’autre versant, l’armée athénienne, forte seulement de 10 000 guerriers hoplites conduits par Miltiade, se déploie astucieusement en arc de cercle. Dans les deux camps, écrasés de chaleur et d’angoisse, l’attente est lourde, interminable.

Et soudain, déchirant le silence, une double clameur monte de la plaine. Les deux troupes, enfin libérées, telles deux vagues d’acier, déferlent l’une contre l’autre sur 2 000 mètres d’une course sauvage. Un choc effroyable d’acier et de chair. La horde perse, supérieure en nombre, enfonce vite les lignes grecques en leur centre, volontairement étiré au profit des ailes. Le fin stratège Miltiade les referme alors en tenailles sur son ennemi, pris au piège. La bataille, monstrueux et sanglant corps-à-corps, s’achève après plusieurs heures, par le massacre de plus de 6 000 perses contre moins de 200 grecs tués.

Acheminer rapidement à Athènes, la nouvelle du triomphe des Grecs sur les Perses, dans ce combat inégal, fut l’idée subite et généreuse d’un guerrier hoplite.

Dénommé Philippides par certains historiens, Pheidippidès (1)  par d’autres, ou encore Euclès, par quelques hellénistes distingués, ce soldat de fait inconnu, enjambant les cadavres ennemis sur le sol fumant, s’élança en courant vers la capitale. Partant du village de Marathon, l’« hémérodrome » – nom des estafettes de l’époque – en armes, souillé de poussière et de sang, traversa toute la province de l’Attique par Vrana, escalada la colline d’Agios, culminant à 400 mètres, pour descendre enfin sur Athènes dont il apercevait au loin les faubourgs.

Alors que le ciel rougeoyait au soleil couchant, les athéniens prévenus par la rumeur, se massaient pour voir passer et applaudir le vaillant coursier. Haletant, titubant, les yeux hagards, seulement porté par l’enthousiasme et le désir d’annoncer le premier la grande nouvelle aux Anciens de la Cité, il arriva enfin pour s’effondrer devant les Sages réunis dans le Grand Temple :

 « Nous les avons vaincus »

« Réjouissez-vous, nous les avons vaincus », murmura-t-il à leurs pieds, dans un souffle, avant d’expirer, le visage radieux. Le héros de Marathon entrait ainsi à jamais dans l’histoire de l’humanité. Pour que les légendes vivent, il faut sans cesse les réinventer. Alors même que la Grèce d’Hérodote disposait de ces valeureux « hémérodromes », athlètes  quotidiennement entraîné, au gré de leurs missions, les Jeux antiques ne comportaient pas de course d’endurance. En effet, les épreuves sportives d’Olympie n’offraient aux compétiteurs qu’une course équivalente aux 5 000 mètres actuels. Curieuse ingratitude !

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Coureurs passant dans les rues de Paris en 1885

C’est l’historien et linguiste français Michel Bréal et non Pierre de Coubertin, son ami, comme rapporté souvent par erreur, qui proposa d’assortir les premiers Jeux olympiques modernes d’une course à pied de grand fond, appelée marathon, sur la distance du parcours mythique. Il présenta son projet au 1er Congrès olympique qui eut lieu du 16 au 24 juin 1894, dans l’amphithéâtre de la Sorbonne. L’intention était louable : commémorer avec le marathon, à la fois la bataille historique et le sacrifice du soldat Euclès, tout en honorant ainsi la nation grecque.

Le Grand Départ : 10 avril 1896

 The Opening Ceremony at the 1896 Athens Olympics.

Stade panathénaïque d’Athènes rénové pour les 1ers Jeux olympiques de l’ère moderne en 1896

 Accepté par les congressistes, le souhait de Michel Bréal se concrétisa le 10 avril 1896, au cours des Jeux olympiques rénovés par le baron de Coubertin. À quatorze heures vingt cinq, le pistolet du starter lâchait les premiers marathoniens olympiques, à Marathonas, nom actuel de la ville. Sur la route et les traces mêmes de l’illustre ancêtre parti 2 386 ans avant eux. Le rêve de Michel Bréal devenait réalité. Il convient de préciser que les athlètes grecs n’étaient pas, jusqu’à cette course, bénis des Dieux, puisqu’ils n’avaient encore jamais gagné de médaille aux Jeux rénovés. Afin de mieux motiver à la victoire leurs coureurs, de riches commerçants promirent, en plus de la coupe en or offerte par Michel Bréal, des gratifications insolites au vainqueur du marathon. Par exemple, une tonne de chocolat ou ses vêtements et son coiffage gratuit à vie. Jusqu’au richissime Georgios Averoff qui promit, pour sa part, un million de drachmes…, avec la main de sa fille !

Parmi une majorité de participants grecs, deux étrangers ayant déjà fait leur preuve en course à pied se présentèrent sur la ligne de départ : l’Australien Edwin  Flack, vainqueur du 800 mètres et du 1 500 mètres, et le Français Albin Lermusiaux, 3e du 1 500 m, qui mena la course pendant 30 kilomètres.

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     L’Australien Edwin ‘’Teddy’’ Flack (1873-1935) – abandonne au marathon et remporte le 1500 m et le 800 m

 

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Le Français Albin Lermusiaux (1874-1940) – abandonne au 33e km du marathon et finit au 1500 m

Mieux que tous commentaires personnels, nous laissons la parole au baron de Coubertin : « 70 000 spectateurs assistaient au spectacle de l’arrivée du premier vainqueur du marathon, le berger grec Spiridon Louys qui s’était entraîné en jeûnant et en priant devant les icônes. Il atteignit la ligne d’arrivée sans trace de fatigue sous un tonnerre d’applaudissements qui saluaient à la fois le passé et le présent.

 spiLe Grec Spiridon Louys (1873-1940) : 1er du marathon

Le prix de la victoire, une épouse !

Pour soustraire Spiridon à la foule en délire, après que la course fut finie, le prince royal et son frère prirent le berger dans leurs bras et le portèrent jusqu’aux degrés de marbre sur lesquels était assis le roi. La nation grecque était transportée au-delà de toute description par son premier héros athlétique. Spiridon Louys, âgé à l’époque de 24 ans, reçut la coupe en or présentée par Bréal ainsi que les autres prix et récompenses annoncées, mais il dut décliner la main de la fille d’Averoff… car il était déjà marié. Le temps de Louys était de 2 heures 58′ 50″ – un temps excellent si l’on considère l’état des routes à cette époque. Le deuxième était un compatriote de Louys, Haralambos Vasilakos (3 heures 6′ 33″) et le troisième, un Hongrois Gyula Keliner (3 heures 6′ 35″). Du 4e au 9e, tous étaient grecs. Partant, les Grecs avaient de bonnes raisons de se réjouir. »

Ainsi, le marathon devenait par le biais des Jeux olympiques rénovés de 1896, une épreuve populaire. Le 19 avril 1897, l’Amérique, déjà, esquissait sa notoriété avec le premier marathon de Boston qui se perpétue, avec succès, encore aujourd’hui. Depuis, les plus grandes manifestations sportives mondiales ont inscrit le marathon à leur programme, qu’il s’agisse du Championnat d’Europe d’athlétisme, des Jeux asiatiques, panaméricains ou du Commonwealth.

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(1)   Si l’on en croit Hérodote, le chroniqueur de Marathon, Pheidippides a bien existé. Ce dernier, hémérodrome du général Miltiade (ainsi nommait-on les bipèdes utilisés comme « moyen de communication » aussi bien dans les états-cités qu’à l’armée) était un coureur de talent ayant couvert environ 440 km en quatre jours sur un terrain très difficile, pour obtenir des renforts de Sparte après  le débarquement des Perses, puis pour rejoindre Marathon. Compte tenu des efforts accomplis, il est vraisemblable que ce n’est pas le même homme qui, peu de temps après, est reparti en courant annoncer aux Athéniens la victoire sur les Perses.

 

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