Punchline Dr de Mondenard

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N° 58

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Pourquoi le dopage est-il de plus en plus attractif pour les footballeurs ? C’est Benoît Pedretti, l’expérimenté milieu nanceien qui, dans L’Equipe du 13 novembre, en décryptant l’évolution du jeu en quinze ans de carrière, nous met sur la piste : « Aujourd’hui, c’est beaucoup plus de physique : on nous demande avant tout de courir, d’aller au duel ». Or les drogues de la performance sont hyperefficaces sur le physique.

 

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Benoît Pedretti

 

Voile (suite) – Les instances dirigeantes internationales et nationales n’ont jamais figuré dans le peloton de tête des structures fédérales s’intéressant aux aides ergogéniques susceptibles d’être consommées par les régatiers des plans d’eau et des courses au large

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Or, dans le cas des courses au large, afin d’éviter les coups de barre, la tentation de prendre la potion magique n’est pas anecdotique.  Par comparaison, rappelons que le milieu hippique en France a débuté une réglementation antidopage au début du XXe siècle et que le premier cas positif date de 1912 !

En cyclisme, dès 1955, les Championnats de France amateurs (circuit de Montlhéry le 7 août) débutent la longue histoire du couple vélo-antidopage. Il faudra attendre 1978, soit 23 ans, pour enregistrer le premier contrôle antidopage du football hexagonal à l’occasion du 32e de finale de la Coupe de France RC Strasbourg (D1)- Paris FC (D2) le 28 janvier alors que le contrôle a été annoncé à l’avance. Merci la FFF (Fédération française de football).

Et pour la voile, on patientera encore…. onze ans !

En quelques dates, nous vous proposons les étapes des tests antidopage effectués sur les navigateurs.

 Voile et dopage – Historique des contrôles

1982 – ROUTE DU RHUM – Opposition des participants : il faut choisir la course ou la vie…

C’est Germain Simon, le président de la Fédération française de cyclisme de 1979 à 1989 qui rapporte le témoignage de Catherine Defoligny, médecin-chef du ministère des Sports, révélant qu’il y a une limite aux contrôles : « Avant le départ de la Route du Rhum, la Fédération internationale de voile (FIV) avait décidé de procéder à des contrôles. Il est évident que les participants s’y sont opposés en faisant valoir que, de deux choses l’une, ou on leur demandait de disputer une course en solitaire, auquel cas ils se devaient de rester éveillés s’ils étaient pris dans une tempête et que si la tempête durait plusieurs jours, tous seraient positifs à l’arrivée, c’était tout simplement une question de vie ou de mort… ils avaient à choisir ! » [Sprint International, 1982, n° 21, p 8]

1989 – SOLITAIRE DU FIGARO – Alain Gauthier le lauréat passe au contrôle. C’est une première

« Les contrôles effectués le 15 août dernier sur cinq participants de la course du Figaro (tous négatifs) n’ont fait qu’ajouter au malaise ambiant. Conformément aux dispositions législatives prises par Roger Bambuck il y a six mois, le ministère de la Jeunesse et des Sports n’avait, en l’occurrence, d’autres préoccupations que d’étendre à un sport supplémentaire la série d’opérations ‘’coup de poing’’ menées par ailleurs sur d’autres fronts. Plus visée que toutes les autres – parce qu’elle oblige ses participants à limiter au maximum leur temps de repos durant trois semaines – la Course du Figaro est la première compétition de voile à faire les frais de cette nouvelle politique. Même accréditée par le ministère, le docteur Joseph Tacher n’a suscité aucun enthousiasme sur le ponton de La Trinité. Au contraire. Non prévenus (c’est la loi du genre et l’intérêt d’une telle opération), les marins ont pour la plupart désapprouvé cette initiative. [Au large, 15.09.1989]

 

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Alain Gauthier

 

1994 – ROUTE DU RHUM – Laurent Bourgnon le lauréat passe au contrôle. C’est une  Première

« Pointe-À-Pitre – Pour la première fois dans l’histoire de la Route du Rhum, un contrôle antidopage a été effectué à l’arrivée sur Laurent Bourgnon et sur Paul Vatine et le sera sur le skipper qui finira en troisième position. C’est à la demande de la Fédération française de voile (FFV) que le ministère de la Jeunesse et des Sports a délégué un médecin pour procéder à ce contrôle. » [L’Equipe, 22.11.1994]

 

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Laurent Bourgnon (1966-2015)

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Paul Vatine (1957-1999)

 

2007 – VALENCE (ESP) – COUPE DE L’AMERICA – Simon Daubney (NZL), le premier contrôlé positif de cette régate plus que centenaire

« Le Néo-Zélandais Simon Daubney, régleur de voile d’avant du défi suisse Alinghi, vainqueur de la 32e Coupe de l’America début juillet, a fait l’objet d’un contrôle positif à la cocaïne, le 23 juin, jour de la première régate du match – remporté par Alinghi (5-2) – les opposants au défi néo-zélandais Team New Zealand. Le cas de Simon Daubney, par quatre fois vainqueur de l’épreuve – avec  Team New Zealand en 1995 et 2000 puis avec Alinghi en 2003 et 2007 – restera dans les annales comme le premier contrôle déclaré positif de l’épreuve créée en 1851. » [Le Monde, 04.10.2007]

 

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Simon Daubney

 

2016 – BILAN DES CONTRÔLES POSITIFS – La voile en 8e position sur 25 fédérations  épinglées

Nous l’avons écrit des dizaines de fois : « Un contrôle négatif est la preuve de rien du tout et ce n’est surtout pas la preuve que le testé ne se dope pas. » De même, un contrôle positif n’affirme pas que le sportif concerné est obligatoirement dopé. Alors que faire des chiffres publiés par les instances ou un organisme tel que le Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) ? Pas grand-chose !

Le MPCC passe son temps à colliger les cas positifs de tous les sports pour démontrer au monde entier que les cyclistes ne sont pas les plus tricheurs. Compte tenu de ce que nous avons publié à différentes reprises sur le manque de fiabilité des contrôles et les multiples possibilités de les déjouer, ajoutons – pour vous aider à aiguiser votre esprit critique – la célèbre punchline de l’écrivain et historien français Edmond de Goncourt : « La statistique est la première des sciences inexactes ».

De même, on ne peut ignorer celle de l’homme politique et écrivain britannique Benjamin Disraeli : « Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques ».

Pour terminer par une pointe d’humour sur la pertinence des chiffres érigés en preuve : « Les statistiques, c’est comme me bikini, ça donne des idées mais ça cache l’essentiel. » Coluche

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 Depuis 2014, le MPCC publie annuellement les résultats des tests positifs au plan mondial dans le seul but de démontrer que ce ne sont pas les cyclistes les plus fraudeurs.

Compte tenu de la non fiabilité des tests, la démonstration n’est pas vraiment percutante. Ni dans le sens du plus ou du moins tricheur.

Pour le chiffre de la voile, c’est pareil !

Championnat du monde d’échecs 2016 à New York – Les neurotransmetteurs vont être en surchauffe pendant trois semaines. Y aura-t-il un contrôle antidopage ?

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Le Norvégien Magnus Carlsen et le Russe Sergueï Kariakine

Le Championnat du monde d’échecs 2016 se déroule à New York du 11 au 30 novembre. C’est la première fois en cent trente ans de duels officiels à ce niveau de la compétition, que les deux adversaires au titre suprême ont moins de 30 ans.

La condition physique et la gestion des nerfs en situation d’extrêmes tensions jouent un rôle déterminant pour atteindre le graal des ‘’pousseurs de bois professionnels’’.

Sur ce thème qui peut vous intéresser, nous vous conseillons la lecture de deux articles publiés dans ce blog le 26 janvier 2016 :

       Dictionnaire du dopage – Jeux de société (bridge, échecs, poker, vidéo…)

       Le poker, les échecs sont-ils des sports ? ‘’Les grosses têtes ont-elles besoin de muscles ?’’

La face  »cachets » de la voile – Le milieu se dévoile a minima… (suite)

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Les régates de Paul Dufy

Comme l’affirme Jacques Rogge, l’ancien président belge du Comité international olympique (CIO) et qui a disputé trois fois les Jeux en catégorie Finn en 1968, 1972 et 1976 : « Tous les sports sont affectés par le dopage. Aucun ne peut dire le contraire » et il ajoute en s’exprimant à propos de la voile : « Pour la crédibilité de la compétition, il faut des tests antidopage. »

Effectivement, si ces tests étaient efficaces et imparables, cela serait l’idéal dans un mode parfait. Mais ce n’est pas le cas. C’était l’argument de toute une ribambelle de sportifs suspectés de frauder tout en étant jamais testés positifs (Lance Armstrong, Richard Virenque, Marion Jones, Bjarne Riis, François Pienaar, André Agassi).  Rappelons qu’il n’y a aucune raison (physiologique, morphologique, technique, tactique ou mentale) qui ferait que le dopage serait inopérant chez les skippers, régatiers, navigateurs.

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Les drogues de la performance améliorent le rendement humain et donc aident à beaucoup mieux supporter les contraintes physiques et mentales imposées par la course au large.

Nous nous intéressons depuis des décennies au dopage dans tous les sports. Ainsi nous vous proposons un florilège de témoignages de gens du milieu de la voile s’exprimant sur le fléau n° 1 de la compétition en tout genre.

On peut classer l’ensemble des intervenants en quatre catégories :

  1. Les naïfs-ignorants
  2. Les hypocrites-menteurs-en conflit d’intérêt
  3. Les pseudo-experts
  4. Les sans langue de bois-témoins à charge

 

2017 – La compétition à 4 vitesses sous le contrôle bienveillant de l’Agence mondiale antidopage (AMA) 

A l’inverse des automobiles, la plus rapide est la 1 devant la 2, la 3 et la 4

 1 – Substances indétectables : EPO génériques, transfusions autologues, certains anabolisants, etc.

2 – Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) : glucocorticoïdes, salbutamol

3 – Programme de surveillance de l’AMA (Liste jaune : substances en liberté surveillée n’exposant ni à un contrôle positif ni à une sanction) : caféine, nicotine, tramadol

4 – Borderlines : dopants non listés (Actovegin®, Néoton®, Viagra®, etc.)

 

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Voile, courses au large, drogues de la performance (suite)

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Les affaires de dopage dans le milieu de la voile sont peu nombreuses, les tests pour épingler les fraudeurs étant rares et inefficaces car réalisés à l’arrivée des courses où tous les skippers se sont organisés pour être négatifs à ce moment-là. En réalité, il faudrait effectuer des contrôles en cours d’épreuve (impossible en pleine mer) et de façon inopinée le reste de l’année. stop-voile

 Principales affaires (extraits de presse)

 1968  – VITAMINES – Bernard Moitessier (FRA) : un tube de vitamine C pour un tour du monde

Le Français Bernard Moitessier, lors de son tour du monde en solitaire sans escale, raconte dans son ouvrage La Longue Route : « J’ai consommé un tube de vingt comprimés de vitamine C pour tout le voyage (10 mois) et un comprimé par jour de Pentavit Fort® Midy (vit. B) à partir du troisième mois jusqu’à l’arrivée. » [Moitessier B. .- La longue route .- Paris, éd. Arthaud, 1971 .- 315 p (p 299)]

1976  – ÉPHÉDRINE – Lorne Leibel (CAN) : premier régatier olympique positif

 Un concurrent canadien des épreuves de yachting a été testé positif à la phénylpropanolamine au contrôle olympique.

 1982 – RÉGLEMENTATION – Route du Rhum : une question de vie ou de mort

 « Madame Catherine Defoligny, médecin chef du ministère des Sports, me citait (Germain Simon, président de la FFC) dernièrement une anecdote qui prouve bien qu’il y a une limite aux contrôles : avant le départ de la Route du Rhum, la fédération de voile internationale avait décidé de procéder à des contrôles. Il est évident que les participants s’y sont opposés en faisant valoir que, de deux choses l’une, ou on leur demandait de disputer une course en solitaire, auquel cas ils se devaient de rester éveillés s’ils étaient pris dans une tempête et que si la tempête durait plusieurs jours, tous seraient positifs à l’arrivée, c’était tout simplement une question de vie ou de mort… ils avaient à choisir ! » [Sprint International, 1982, n° 21, p 8]

 

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Dr Catherine Defoligny

 

1986  – ACIDES AMINÉS (phénylalanine) et BHT – Dr Marc Guérin (FRA) : usage parfaitement licite pour lutter contre le sommeil

Commentaires du Dr Marc Guérin, médecin du sport : « Les trois skippers interviewés (Philippe Poupon, François Boucher, Eric Loizeau) et partants pour la Course du Rhum 1986 ont renoncé au café jusqu’au départ de la course pour conserver toutes les facultés excitomotrices de cette boisson.  Sans tomber dans l’usage des amphétamines, je constate qu’il existe de nombreuses substances appartenant à notre alimentation quotidienne, dont l’usage est parfaitement licité, et dont l’effet sur la diminution de la sensation de sommeil est bien connu. Exemple : la phénylalanine, un acide aminé existant dans des aliments comme la viande, le fromage ou les sucres de régime à base d’aspartam, du type Canderel® vendu en pharmacie et dans les magasins diététiques.

Autre exemple : le butylhydroxytoluène, alias BHT (nom de code : E 321), conservateur alimentaire utilisé surtout dans les purées en flocons, et dont les doses journalières admissibles fixées par les instances médicales sont largement suffisantes pour réduire le temps de sommeil. » [Guérin M. .- Les dégâts de la marine .- Lui, 1986, n° 274, novembre, p 38]

1986 – STIMULANT (Ordinator®) – Eric Tabarly (FRA) : dans le tiroir « vitamines-reconstituants » en quantité suffisante pour tous les équipiers

Catherine Chabaud est la première femme à avoir accompli un tour du monde en solitaire et sans escale dans le Vendée Globe 1996. En 2016, elle est nommée Déléguée à la mer et au littoral par Ségolène Royal, ministre de la l’Environnement, de l’Energie et de la Mer. En 1986, la navigatrice est une jeune journaliste (23 ans). Le 17 juin de cette année, elle signe un article pour la Tribune médicale sur la course autour du monde par équipages. La native de Bron détaille la pharmacie de « Côte d’Or », l’un des bateaux concurrents barré par Eric Tabarly. On trouve onze tiroirs à médicaments pour soigner différentes pathologies (digestives, cardiovasculaires, ORL, pulmonaires, etc.). Le 6e tiroir intitulé Vitamines-reconstituants contient des polyvitamines (Alvityl®) et l’Ordinator® (fénozolone), qui n’a rien à voir avec un reconstituant puisque son action principale consiste à stimuler le système nerveux central.

 

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La navigatrice Catherine Chabaud

 

Ce médicament mis sur le marché en 1967 et retiré de la vente en pharmacie en 1997, est un booster de vigilance. La quantité de comprimés d’Ordinator® indiquée par Catherine Chabaud n’est pas anecdotique. Pour un équipage de quinze personnes, sont embarquées 20 boîtes de 30 comprimés chacune, soit un total de 600, ce qui équivaut en moyenne à 40 unités pour chacun des membres de « Côte d’Or ».

 POST-IT : la fénozolone (Ordinator®)

Mis sur le marché (MSM) en 1967

Retiré (RDM) en 1997

Liste Fédération française de cyclisme : en liste rouge de 1973 à 1998

Liste ministère des Sports : de 1978 à 1998

Liste Union cycliste internationale (UCI) : non mentionnée de 1966 à 2003 mais interdit car assimilée aux apparentés

Liste Comité international olympique (CIO) : non mentionnée de 1968 à 2003 (idem qu’UCI)

Liste Agence mondiale antidopage (AMA) : non listée depuis 2004 (arrêt officiel de commercialisation en 1997)

Dictionnaire Vidal : mise en garde aux sportifs de 1989 à 1997

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1987  – EFFETS SECONDAIRES – Florence Arthaud (FRA) : « Des hallucinations suspectes »

 – On dit que certains navigateurs ont des hallucinations. Ils voient, sur le pont de leur bateau, des vaches, une voiture…

« Je crois que ces navigateurs doivent prendre un peu trop de remontants pour tenir le coup physiquement. Moi, je n’ai jamais vu de vaches ! » [Propos recueillis par Béatrice Fontanel, Paris Match, 30.01.1987]

 

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La navigatrice Florence Arthaud

 

1989 –  RÉGLEMENTATION – Solitaire du Figaro : 1ers contrôles antidopage… tous négatifs

 1 – « A l’arrivée à La Trinité-sur-Mer, les quatre premiers de l’étape, ainsi qu’un concurrent tiré au sort, en l’occurrence Reginald Pressard ( ?) , ont été contraints à se soumettre à un contrôle antidopage. C’est la direction technique de la fédération française de voile qui a pris l’initiative de cette opération, la première qui ait jamais eu lieu dans le domaine de la voile, à l’exception des Jeux olympiques. Notre journal est connu pour les campagnes très fermes qu’il mène en permanence sur ce problème. Dès Perros-Guirec, le docteur Jean-Yves Chauve, médecin de la course, avait attiré l’attention des concurrents sur cette question et leur avait remis une liste de produits interdits. Le Figaro ne peut qu’approuver une vérification qui, nous en sommes persuadés, lavera les navigateurs de tout soupçon. Le choix d’un tel contrôle souligne, d’autre part, l’importance prise dans le domaine de la voile par la Solitaire du Figaro. » [Le Figaro, 16.08.1989]

2 – « A l’arrivée de la Solitaire du Figaro, la Fédération française de voile avait fait effectuer un contrôle antidopage sur les quatre premiers de l’étape ainsi que sur un concurrent tiré au sort, en l’occurrence Yves Pagès, un cardiologue brestois. Les analyses ont toutes aboutit à un résultat négatif. » [Le Figaro, 19.12.1989]

3 – Le « sage » petit jus des solitaires – « Les concurrents le savent : en quinze jours de course, les courtes escales ne leur ont accordé en tout qu’une cinquantaine d’heures de sommeil, parfois moins pour les derniers arrivés. La presque totalité d’entre eux sont arrivés à Perros-Guirec déjà fatigués par une année de travail : la Solitaire, ils la courent pendant leurs vacances. Mais, le plus souvent, il leur faudra près d’un mois pour chasser complètement l’immense fatigue accumulée en près de trois semaines de course implacable. Aux escales, ne croyant pas qu’un organisme humain puisse résister aussi longtemps sans sommeil, les gens interrogent les solitaires : quelle drogue miracle prennent -ils donc ? Les concurrents se taisent. Certains, les plus faibles, les moins entraînés, les nouveaux parfois, font effectivement appel aux stimulants pharmaceutiques, aux poudres plus ou moins interdites. Feux d’artifice dangereux ! Le dopé s’effondre plus vite encore, incapable de tenir le choc aussi longtemps. Les effets secondaires sont multiples : on a vu en 1988 un concurrent ne pas dormir pendant quarante-huit heures mais aussi ne pas boire, ni manger… La plupart des solitaires se contentent plus sagement de café, de vitamine C.

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Café et vitamine C, les deux seuls  »dopants » des navigateurs…

 Parfois de rien d’autre que d’aliments concentrés ou énergétiques. De mémoire de concurrent, aucun n’a jamais pu gagner la Solitaire du Figaro en se droguant. Non, le véritable doping de ces grands solitaires qui mènent la course, c’est leur extraordinaire énergie, une ténacité, un courage et une passion de vaincre si puissants qu’ils les soutiennent au-delà des forces humaines habituelles. Leur victoire, au bout de tant d’efforts, c’est la lutte gagnée contre les autres mais aussi sur eux-mêmes. » [Réale A. et Vigouroux Th. .- La « Solitaire du Figaro ». – Versailles (78), éd. les 7 Vents, 1989. – 208 p (p 152)]

4 – Solitaire du Figaro : incompatible avec le dopage ! – « Officiellement, les coureurs ne boivent que du café. Certains, d’ailleurs, s’en privent le reste de l’année pour que son effet soit efficace pendant la course. Il est indéniable que des coureurs font appel à d’autres excitants mais ils n’apparaissent pas aux places d’honneur de la Solitaire du Figaro car le rythme de cette course n’est pas compatible avec la pratique du dopage. En effet, si, à l’issue de la première étape, on rencontre parfois des concurrents très volubiles qui n’ont pas envie de dormir (signes extérieurs qui ne trompent pas), ils accusent l’inévitable contrecoup lors des étapes suivantes. Après une place honorable au début, ils arrivent avec dix à vingt heures de retard, le temps payé au sommeil qu’ils n’ont pu vaincre. Se doper sur une étape, à la rigueur deux, est possible, pas pendant quatre actes dont on ne sait jamais au départ quelle en sera la durée.

Depuis 1989, avec l’accusé-réception de leur engagement, les coureurs reçoivent la liste des produits prohibés par les autorités sportives avec l’avertissement d’un possible contrôle médical aux escales, après tirage au sort ou si le comportement d’un coureur laisse penser qu’il a fait usage de produits interdits. » [Réale A. et Vigouroux Th. .- La « Solitaire du Figaro ». – Versailles (78), éd. les 7 Vents, 1989. – 208 p (pp 167-168)]

1990  – CAFÉINE – Titouan Lamazou (FRA) : 30 tasses par jour pour vaincre le Globe      Challenge

 « Titouan Lamazou a d’autant plus apprécié le champagne du vainqueur, que, tout au long de la course, ils ‘est imposé une règle spartiate. Pour s’y préparer, avant son départ, il a passé au CHU de Bordeaux des nuits sous électrodes, pour calculer son rythme de sommeil : « J’étais programmé pour manger et dormir régulièrement. Ce n’est que lorsque Jean-Luc Van den Hedde et Loïck Peyron me talonnaient que j’ai débloqué et laissé tomber ma discipline de vie. Huit jours durant, j’ai cessé de m’alimenter et j’avalais trente cafés par jour. Quand on est en tête, on ne souffre pas physiquement. » [VSD, 1990, n° 655, 22 au 28 mars, p 66]

 

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Le navigateur Titouan Lamazou

 

1992  – CONTRÔLE DE FÉMINITÉ – Florence Lebrun (FRA) : même les mères de famille

« Un mois après avoir donné naissance à un fils, les médecins du Comité olympique français m’ont obligé à passer des tests pour prouver ma féminité. » (Florence Lebrun, navigatrice française). [Sport Magazine, 06.08.1992]

1992  – MODAFINIL – Damien Davenne (FRA) : expérimenté chez les navigateurs

Interview du neurophysiologiste Damien Davenne, enseignant et chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur la performance sportive (LERPS) de Dijon : « S. & V. : Ces derniers temps, on a évoqué une molécule anti-sommeil, le modafinil. Qu’en penser ?

Damien Davenne – Ce produit ne se trouve pas encore disponible sur le marché ; on l’a testé chez l’animal et expérimenté sur les navigateurs, ou encore dans l’armée et auprès des pilotes de l’aérospatiale. Cette substance semblerait plus efficace que d’autres dotées d’une action analogue, comme les amphétamines, pourtant encore très utilisées sur la « Solitaire du Figaro » par exemple. Pourquoi cette supériorité ? Elle n’induirait aucun effet rebond. Le conditionnel reste cependant de rigueur, car on n’en connaît pas les effets à long terme, ni en prise régulière ni en prise occasionnelle. On sait qu’elle constitue un très bon médicament pour les sujets souffrant d’hypersomnie. Mais je ne pense pas qu’il s’agisse de l’idéal pour les martins. Ils possèdent en eux-mêmes, de toue façon, assez de ressources pour gérer au mieux ce problème. Et on commence à savoir comment faire… » [Riché D. .- Damien Davenne, neurophysiologique : « Il y a des sportifs du matin et des sportifs du soir » .- Sport et Vie, 1992, n° 11, mars-avril pp 56-57 (p 57)]

 

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Une boîte de Modafinil

 

1994  – CAFÉINE – Olivier Joly (FRA) : résultats discrètement enterrés

Récit du journaliste Olivier Joly : « Médecin des skippers, Jean-Yves Chauve s’est fait une spécialité d’assistance médicale en course. Avant le départ d’une épreuve très exigeante, il fait le point sur la question du dopage dans la voile.

Si je vous dis qu’un grand skipper aurait été contrôlé positif à la caféine, il y a quatre ans, mais les résultats discrètement enterrés…

– Un contrôle positif à la caféine est quantitatif. Le café est un excitant admis. Le problème est qu’il ne faut pas dépasser une certaine dose. Il est effectif, peut-être qu’un coureur a dépassé cette dose. J’en ai entendu parler. Ensuite, la législation s’applique ou ne s’applique pas.

Était-ce du dopage ?

– Légalement oui, Mais ça n’a pas été officialisé. » [Le Journal du Dimanche, 02.08.1998]

 NDLR : La caféine, un psychostimulant efficace, a été prohibée par les instances antidopage de 1982 à 2003 inclus

 1994  – RÉGLEMENTATION – Route du Rhum : 1ers contrôles

« Pointe-À-Pitre – Pour la première fois dans l’histoire de la Route du Rhum, un contrôle antidopage a été effectué à l’arrivée sur Laurent Bourgnon et sur Paul Vatine, et le sera sur le skippeur qui finira en troisième position. C’est à la demande de la Fédération française de voile que le ministère de la Jeunesse et des Sports a délégué un médecin pour procéder à ce contrôle, dont les résultats seront connus d’ici une quinzaine de jours. Une procédure qui n’a cependant rien d’exceptionnelle, les concurrents de la Solitaire du Figaro ayant subi ce type de contrôle à plusieurs reprises, toujours négativement. » [L’Équipe, 22.11.1994]

 1995  – STATISTIQUES – Solitaire du Figaro : tous négatifs depuis 1989

 « Huit contrôles antidopage ont été effectués dans la nuit d’arrivée, concernant les huit premiers. Depuis 1989, date des premières vérifications, aucun marin n’a été contrôlé positif. » [Le Figaro, 12.08.1995]

1995  – CANNABIS – Sanctions : il faut harmoniser

« Les navigateurs ne dédaigneraient pas non plus tirer sur le joint : c’est au tour de la Fédération française de voile, selon France Info, de dévoiler dans ses rangs plusieurs cas de consommation de cannabis. Six compétiteurs dont deux véliplanchistes, trois équipiers de match racing et un coureur de dériveur olympique ont fait l’objet d’un contrôle positif. De son côté, le président du Comité national olympique et sportif français, Henri Sérandour, regrette l’amalgame entre drogue et dopage. « On ne peut pas parler de dopage mais d’utilisation de produit interdit » a-t-il déclaré hier, tout en affirmant que les athlètes consommateurs de cannabis « doivent être pénalisés » Il prévoit que la réunion de mardi avec le ministre des Sports Guy Drut et la Commission nationale de lutte contre le dopage débouche sur une harmonisation des sanctions. » [Le Parisien, 25.01.1996]

2000  – RÉGLEMENTATION – Coupe de l’America : les contrôles sont trop compliqués à mettre en œuvre…

 Récit des journalistes Florence de Changy et Patricia Jolly : « Les règlements internationaux devraient s’appliquer à l’épreuve mais les organisateurs affirment que la logistique nécessaire est trop lourde à installer et soutiennent que le bénéfice des pratiques illicites serait « négligeable sur le résultat d’ensemble d’une équipe ». « La Coupe de l’America est une épreuve sportive alliant haute technologie et tradition » , martèlent ses inconditionnels et ses organisateurs. En matière de lutte contre le dopage, toutefois, l’option du charme suranné l’emporte clairement sur celle du progrès. A Auckland (Nouvelle-Zélande), depuis le début de la Coupe Louis-Vuitton, épreuve éliminatoire, le 18 octobre 1999, aucun participant n’a été soumis au moindre contrôle. L’Association des 11 Challengers (ACCA) y avait pourtant souscrit le 14 octobre 1999 « à la quasi-unanimité », à partir des demi-finales de la compétition, avant d’être « découragée » le 8 décembre, par un courrier signé du président de l’ACCA, Dyer Jones.

 

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Le président de la Coupe de l’America Dyers Jones

 

Il y arguait de la « confusion » du code olympique antidopage, à l’heure de sa refonte par « l’Agence mondiale de lutte contre le dopage récemment créée ». La Fédération internationale de voile (ISAF) – qui régit toutes les compétitions mondiales – aurait pu agir, en s’appuyant sur le règlement déjà existant, comme le font les autres fédérations « olympiques ». Mais Paul Henderson, son président canadien, également membre de la commission antidopage du CIO, s’y est refusé : « Ce domaine est en chantier total. Quand le Comité international olympique, les Fédérations internationales et les gouvernements décideront quand et où les procédures seront effectuées, une action s’ensuivra. Il est impossible de mettre en place un système avant qu’il soit défini. »

Cette position a permis à l’ACCA (contre l’avis du Défi français) et à l’organisation de la Coupe de l’America composée du defender (Team New Zealand) et du challenger de référence (Le New York Yacht Club) de s’épargner des dépenses supplémentaires. « Le dopage n’est pas un problème, déclarait Peter Blake mi-janvier, et les contrôles sont trop compliqués. Nous n’avons pas les structures. » Les échantillons prélevés n’auraient, en effet, pu être analysés qu’à Sydney (Australie), au laboratoire le plus proche accrédité par le CIO, situé à 3 heures d’avion d’Auckland. « Les bénéfices [du dopage] seraient négligeables sur le résultat d’ensemble d’une équipe », a renchéri Sean Reeves, l’avocat de Team New Zealand.

L’article 5 des règles de course de voile a donc prévalu, évacuant pudiquement la question : « Un compétiteur ne doit ni absorber une substance ni utiliser une méthode interdite (…) Une brèche supposée à cette règle ne devra pas être sujette à une protestation ». Drapé dans sa dignité, le petit milieu de la Coupe de l’America réfute la pensée même d’une possible entorse à son corde d’honneur et évoque la « complexité » des mesures de contrôle. Les protagonistes de l’épreuve sont pourtant issus en majorité de la voile olympique, rompue aux procédures antidopage. Mais l’idée que la voile, sport de « penseur », exige plus de sens stratégique et tactique que de muscles est bien ancrée. Le gabarit de certains wincheurs la met cependant à mal. Selon le quotidien néo-zélandais The new Zealand Herald, Johnathan Macbeth, préposé remplaçant au « moulin à café » kiwi, aurait pris 24 kilos de muscles pour cette campagne. Craig Monk, titulaire au même poste et médaillé de bronze en Finn aux Jeux olympiques d’Atlanta (1996) en aurait pris 16. Ben Sheehan, un culturiste qui préside à la préparation physique de Team New Zealand depuis un an et demi, explique : « Craig était gros et gras, je lui ai surtout appris à mieux se nourrir. »

Le résultat est impressionnant mais l’intéressé admet avoir eu recours à la créatine tout en jurant que lui et son équipe ne prennent « rien d’interdit ». L’entraîneur grimace. La controverse autour de ce produit – interdit en France mais en vente libre en Nouvelle-Zélande comme en Italie – lui paraît infondée. « Tous n’ont pas besoin de créatine », conclut-il. Les membres du défi italien Prada Challenge n’ont pas non plus échappé à la transformation physique due au régime de renforcement musculaire concocté par Umberto Panerai, ex-gardien international de water-polo, médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Montréal (1976). Ils utilisent des « suppléments alimentaires », mais pas de créatine « qui a mauvaise réputation ». Tout traitement médical est prescrit par le seul médecin de l’équipe. Malgré tout, les navigants de la Coupe de l’America sont soumis à la juridiction de leur fédération nationale. Contrairement à d’autres, les membres du Défi français ne l’ont pas oublié. La Fédération française de voile (FFV) a été dûment informée des traitements médicaux administrés au sein de l’équipe. Quelques adeptes du cannabis y auraient renoncé ; en août 1999, à leur base de Lorient (Morbihan), un médecin du sport, dépêché par la FFV, les avait mis en garde sur les mécanismes et les conséquences du dopage, volontaire ou non. Les équipiers ont été surpris de ne subir aucun test pendant leur séjour à Auckland. » [Le Monde, 01.03.2000]

 2003  – CARENCE – Kenny Pierce (USA) : l’excuse de la retraite

 « Le navigateur américain Kenny Pierce, qui avait déjà annoncé sa retraite, a été suspendu deux ans pour s’être soustrait à un contrôle antidopage inopiné en août à Miami, a annoncé lundi l’Agence antidopage américaine (USADA). Pierce, 35 ans, avait déjà émis son souhait de prendre sa retraite quand il a refusé de se soumettre à ce contrôle hors compétition. La sanction ne pourra donc s’appliquer que s’il décide de revenir sur sa décision de se retirer de la compétition. » [Agence France-Presse, 20.10.2003]

2003 – EFFETS ERGOGÉNIQUES – La vigilance sans troubles du comportement

1 – Texte du Dr Jean-Pierre de Mondenard : « Le déroulement de la dernière Route du Rhum a confirmé que la gestion du sommeil était bien la clé de la performance dans les courses à la voile en solitaire. Seulement, on regrette qu’un paramètre soit totalement absent des débats : il s‘agit de l’usage éventuel de substances dites « éveillantes ». Il existe en effet des produits très efficaces pour lutter contre le sommeil, notamment le modafinil. « Le modafinil est utilisé en milieu hospitalier sous le nom commercial de Modiodal® pour soigner les hypersomniaques » expliquait le docteur Jean-Yves Chauve au journal Le Parisien(1) : « S’en servir en course est effectivement tentant, c’est pourquoi cette substance a été inscrite depuis trois ou quatre ans sur les listes de produits interdits, notamment celle du CIO . Et le Modiodal® est parfaitement décelable aux tests antidopage ». Voilà ce qu’il disait en 1998. Seulement, c’était faux à l’époque et ça l’est toujours aujourd’hui ! En réalité, seule la France prohibe le modafinil (et l’adrafinil dont il est tiré) depuis 1993. Le CIO n’a jamais relayé la prohibition. Quant à son dépistage, le moins que l’on puisse dire c’est que la situation reste floue. Il semblerait en effet que les responsables en soient restés à une étude publiée en 1996 sous la responsabilité de la mission Médecine du sport et lutte contre le dopage, au ministère de la Jeunesse et des Sports(2). Sur la base de l’analyse de 100 échantillons d’urine, les auteurs avaient conclu à l’époque que le modafinil n’avait pas encore percé dans les milieux sportifs. Comme aucun autre document n’a filtré depuis, on ne serait pas surpris d’apprendre que le médicament n’est toujours pas recherché aujourd’hui ! » [de Mondenard J.-P..- Sur le front du dopage : à dormir debout .- Sport et Vie, 2003, n° 76, janvier-février, pp 70-73 (p 74)]

2 – Dans un ancien numéro de Sport et Vie(3), le neurophysiologiste Damien Davenne signalait l’existence d’un nouveau produit expérimenté par les armées américaines pendant la guerre du Golfe en 1990, pour lutter contre le sommeil : « Le modafinil semblerait plus efficace que d’autres substances dotées d’une action analogue, comme les amphétamines, pourtant encore très utilisées sur la Solitaire du Figaro ». Depuis cette époque, plusieurs études ont pu confirmer ces qualités. En consommant ce médicament, on retarde le besoin de sommeil et on accroît la vigilance sans encourir les effets secondaires classiques des amphétamines : troubles du comportement, perte d’appétit, risques pour le cœur, accoutumance. En médecine, on l’utilise désormais dans le traitement d’une maladie appelée narcolepsie caractérisée par des bouffées de sommeil profond qui surviennent sans crier gare au milieu de phase d’éveil. Les Anglo-Saxons parlent de « sleep attack » (attaque de sommeil). Dans le sport, il pourrait servir aussi à tenir le coup sans dormir lors d’épreuves comme des raids ou de courses à la voile qui se déroulent sur plusieurs jours. » [de Mondenard J.-P. .- Sur le front du dopage : mieux que les allumette ! .- Sport et Vie, 2003, n° 76, janvier-février, pp 70-73 (p 74)]

 2007 – COCAÏNE – Alinghi percuté par la coke

Simon Daubney, équipier néo-zélandais du vainqueur suisse Alinghi de la Coupe de l’America, a démissionné à la suite d’un contrôle antidopage positif pendant la compétition cet été, a annoncé fin septembre dernier le syndicat suisse.

 

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Simon Daubney, régleur de voile sur Alinghi

 

Il s’agit du premier contrôle positif jamais enregistré dans l’histoire de la Coupe de l’America depuis sa création en 1851. Daubney, 48 ans, régleur de voile avant (genoa trimmer), précise dans un communiqué diffusé par Alinghi qu’un test effectué le 23 juin a découvert des traces d’une substance « récréative » dans son urine et qu’il avait été convoqué mercredi 26 septembre à Londres par un jury de la Coupe. Le quotidien sportif italien la Gazzeta dello Sport avait affirmé le lendemain qu’un des équipiers d’Alinghi, non identifié, avait été contrôlé positif à une substance « assimilable au cannabis ». En réalité c’est de la cocaïne. Le Néo-Zélandais précise dans son communiqué que le jury a reconnu qu’il n’y avait pas eu « faute ou négligence de sa part » dans la mesure où il estime avoir été victime d’une « contamination ou d’une boisson trafiquée ». Daubney argumente sa défense en martelant n’avoir jamais sciemment consommé de la cocaïne et en invoquant la consommation d’une boisson « trafiquée » par une main malveillante cherchant à se venger de son transfert du camp néozélandais dans le camp suisse. Il ajoute qu’il a démissionné, espérant réintégrer un jour Alinghi une fois l’affaire éclaircie. Selon la Gazzetta dello Sport, Alinghi qui a remporté la Coupe de l’America aux dépens de Team New Zealand, ne risque pas de perdre le trophée car le règlement de la Coupe prévoit expressément que ce sont les équipiers et non le bateau qui sont responsables en cas de dopage. Les « sages » qui ont pondu ce règlement tordu ignorent probablement que ce n’est pas le bateau tout seul qui « met les voiles ». Rappelons que pour la Coupe de l’America, dont la première édition remonte à 1851, les premiers contrôles antidopage n’ont été instaurés qu’en 2003. Dans le cas de Daubney, ce n’est pas la Fédération internationale de voile (ISAF) qui, le 26 septembre, a entendu ses explications, mais le jury de la Coupe de l’America composé de cinq membres dont un représentant des deux nations finalistes tous sélectionnés par America’s Cup Management (ACM), l’entité créée par le défi suisse Alinghi après 2003 pour encadrer l’organisation de l’événement.

Jugé non responsable par le jury de la Coupe dont l’indépendance pose problème, l’équipier du défendeur suisse pour être fixé définitivement sur son sort doit attendre que son dossier soit transféré à l’ISAF. Le barème peut varier d’un avertissement à deux ans de suspension pour les épreuves gérées par la Fédération internationale. Daubney est un marin très expérimenté, considéré comme un des meilleurs spécialistes d’Alinghi. Il avait remporté la « Cup » à deux reprises en 1995 et 2000 avec Team New Zealand avant de la gagner à nouveau deux fois en 2003 et 2007 avec le syndicat suisse d’Ernesto Bertarelli. Le skipper néo-zélandais d’Alinghi, Brad Butterworth a regretté cette « malheureuse affaire », tout en apportant son soutien à Daubney et à sa famille. Il souligne qu’Alinghi « n’accepte en aucune façon l’utilisation de la moindre drogue » parmi les membres de son équipe. Le communiqué indique que Daubney avait été testé le 23 juin, jour du premier match – gagné par Alinghi – de la finale de la Coupe remporté par les Suisses face aux Kiwis d’Emirates Team New Zealand (5-2) Il ajoute que les résultats du test effectué par l’organisme antidopage Norway ont été connus le 13 juillet et confirmés début août. Daubney précise qu’il n’a jamais sciemment pris de substance interdite et qu’il a passé un test polygraphe (détecteur de mensonges) pour prouver sa bonne foi. A ce propos, le jury a fait appel à un spécialiste britannique en matière de détecteur de mensonges, Bruce Burgess, qui affirme n’avoir aucun doute quant à la sincérité du navigateur, avec une marge d’erreur possible quant à la véracité des propos de 0,01%, soit la plus faible sur l’échelle d’un tel détecteur. Sauf que le recours à ce procédé ne fait pas partie des techniques des laboratoires antidopage officiels listées par le Code mondial antidopage.

Dr JPDM

2016 – JEUX OYMPIQUES (RIO) : Pavel Sozykin (RUS) : déclaré inéligible par la FIV

« La Fédération internationale de voile (FIV) a déclaré mardi 26 juillet inéligible pour les Jeux olympiques de Rio le Russe Pavel Sozykin, engagé en 470, en vertu des critères imposés par le Comité international olympique (CIO). Sozykin, 3e aux championnats du monde 2015 avec son partenaire Denis Gribanov, est exclu ‘’en raison des révélations du rapport McLaren’’ indique World Sailing dans un communiqué. Le Russe étant engagé en 470, un bateau mené par deux équipiers, la Fédération russe de voile pourra nommer un remplaçant pour accompagner Denis Gribanov qui a lui été repêché. La Fédération internationale a repêché quatre autres Russes pour les épreuves de voile. Le CIO a chargé les diverses fédérations de trier parmi les sportifs russes et d’éliminer ceux qui seraient impliqués dans le scandale de dopage d’Etat dévoilé par le rapport McLaren ou qui auraient un passé de dopé. » [Le Télégramme, 27.07.2016]

 

 

(1) Le Parisien, 19 novembre 1998

(2) La recherche en France sur la lutte antidopage. – Le Spécialiste de Médecine du Sport, n° 1, septembre, 1996

(3) Sport et Vie, n° 11, mars-avril 1992

 

Voile, course au large et positive attitude – Mis à part ceux qui croient au Père Noël, qui peut gober que le dopage reste à quai ?

Par défaut
(Mise à jour le 11 novembre 2016)

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Le dimanche 6 novembre à 13 h 02, vingt-neuf solitaires – un record – sont partis des Sables-d’Olonne pour le Vendée Globe, une course autour du monde surnommée Le Graal des navigateurs solitaires, sans escale et sans assistance vers les mers du Sud avec les quarantièmes rugissants. Un défi technologique mais surtout mental et physique du skipper. Rarement sont évoquées les drogues de la performance accompagnatrices de ce périple autour du monde.

Or, aucun sport n’est épargné par le dopage ; c’est l’homme face à la compétition avec les autres ou avec lui-même qui recherche – en étant meilleur grâce aux coups de pouce biologiques – à se valoriser auprès de son entourage, voire beaucoup plus (populaire auprès des spectateurs). Dans ce blog, nous avons déjà épinglé les forçats de la langue de bois ainsi que les adeptes indécrottables de la méthode Coué nous expliquant que dans leur sport favori pour ‘’différentes raisons’’ le dopage était inconnu.

Après l’alpinisme, le judo, la natation et le tennis (tous les quatre déjà publiés), nous vous proposons la voile et son cortège de valeurs de courses au large, d’aventures, de passions de la mer, d’esprit d’équipe, de confrontations avec ses limites mentales et physiques, mais aussi… de dopage comme les autres ! Il n’y a pas d’extraterrestres qui fréquentent les océans sur des voiliers ou alors c’est de la science-fiction. En fait ce sont des hommes plus ou moins doués, avec leurs faiblesses humaines d’ego, de compétition, de gloire, de reconnaissance.

Dans les jours prochains, nous aborderons différentes aspects de la voile versus dopage, ce couple méconnu qui mérite que l’on s’y intéresse.

Impossible, impensable… VOILE : positive attitude

                          « Les forçats de la langue de bois »

ONZE arguments angéliques, minimalistes ou tout simplement bidons :

 « Un sport complètement pur : dopage et voile sont antinomiques » (on nous sert le même  discours dans le milieu de l’alpinisme)

« Impossible de se doper pendant trois semaines ; sur une aussi longue durée il n’y aurait        pas les résultats attendus »

« Les navigateurs de course au large ne sont pas des machines »

 « On ne peut pas connaitre à l’avance la durée exacte de l’épreuve »  (tiens, tiens, il y en a   qui fréquentent des tennismen de compétition)

 « Il n’y a pas de contrôle positif »

« Il n’y a pas de problème dans la voile »

« La gestion d’un produit dopant reste trop compliquée dans la coure au large » (on nous sert la même excuse dans le tennis où l’on ne connaît pas à l’avance la durée d’une partie)

« C’est tellement secondaire et peu important »

« Ce n’est pas ce petit plus qui changerait le résultat d’une régate »

« Ils ne sont pas dans les bateaux de tête. Ce ne sont pas les plus brillants » (argument copié sur le milieu cycliste des années 1970)

« On nous en demande de plus en plus. On finira peut-être par se doper » (argument du rugby en 1995 lors du passage au professionnalisme)

 Florence Arthaud  (FRA) (vainqueur de la Route du Rhum 1990)

 « Les sportifs d’aujourd’hui sont des machines. Nous, navigateurs, non. C’est impossible de se doper pendant trois semaines. La navigation c’est un sport complètement pur. » [Votre Beauté, 1988, n° 614, février, p 9]

 

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La navigatrice Florence Arthaud

 

 Bernard Bonneau (FRA) (responsable fédéral)

 « En se dopant aux amphétamines on s’expose à un contrecoup catastrophique. Et sur une course dont on ne peut connaître par avance la durée exacte, il est impossible de prévoir le contrecoup et de s’assurer qu’il ne surviendra pas alors qu’on est toujours en mer. »[Le Parisien, 09.11.1998]

 Dr Jean-Yves Chauve (FRA) (spécialiste d’assistance médicale des courses au large)

 « Faute de contrôle positif, pour moi, la course au large reste un sport propre. »[JDD, 08.11.1998]

 « Il n’y a jamais eu de contrôle positif dans les courses au large » (NDLR : comme pour les plus gros filous du peloton, Lance Armstrong et Richard Virenque qui, malgré de multiples tests, n’ont jamais été épinglés dans le Tour de France, l’épreuve la plus contrôlée au monde) [Le Figaro, 16.08.2005]

 « La gestion d’un produit dopant reste beaucoup trop compliquée dans la course au large. Personne ne franchit le pas car les risques sont trop grands : le fin ne justifie pas les moyens.» [Le Figaro, 31.07.2004]

 

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Docteur Jean-Yves Chauve

 

 Jean-François Coste (FRA) (médecin et participant du 1er Vendée Globe en 1989)

 « Le dopage et la voile sont antinomiques. On ne prend pas la mer chargé mais pour se rapprocher des éléments. Comme une sorte de face-à-face. » [Libération, 23.01.1997]

 Michel Etevenon (FRA) (organisateur de la Route du Rhum et président de la Course au large)

 « Ce n’est pas une chose possible en matière de transat. Sur une aussi longue distance, il n’y aurait pas les résultats attendus (…) les conséquences seraient trop lourdes (…). Le gars qui est sublimé, il peut aller jusqu’à marcher sur l’eau. La sanction serait immédiate. Et dans les grandes transats, ce n’est même pas pensable… » [Régate International, 1989, n° 8, février-mars, p 34]

 Jones Dyer (USA) (directeur des régates de la Coupe de l’América, en charge du dossier lutte antidopage)

 « Il n’y a pas de problème dans la voile. Mais on veut s’assurer que cette image reste propre pour la compétition et nos sponsors. »[L’Humanité, 11.09.2004]                          

 

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Jones Dyer

 

 Dr Lucien Mas (FRA), commission médicale de la FFV 

 Et dans les transats ? « Ce serait assez catastrophique. À la rigueur pour les dernières 24 heures, mais ce serait très limite. On l’a évoqué en commission médicale, mais on n’a pris aucune décision. C’est tellement secondaire et peu important qu’on ne s’est pas excité dessus. » [Régate International, 1989, n° 7, février-mars, p 38]

 Dr Jean Simonnet (FRA), médecin de l’équipe de France de voile

 « Ce n’est pas ce petit plus (amphétamine) qui changerait le résultat d’une régate. Trop de paramètres techniques ou physiques sont à suivre pour rajouter celui-là. » [Régate International, 1989, n° 7, février-mars, p 36]

 Olivier Talabot (FRA), journaliste

 « Eric Loizeau (participant à la Route du Rhum 1982) emporte aussi des excitants (comme le Captagon®) ou des amphétamines ; mais seulement pour se rassurer, pas pour s’en servir. La grande majorité des concurrents préfère d’ailleurs oublier ces produits sur le quai. » [in « La santé des marins de l’impossible ». – VSD Médecins et Médecine, 1982, n° 50, 11 novembre, pp 4-6 (p 6)]

Autres sports déjà épinglés et mis en ligne sur ce blog :

  • Alpinisme (4.11.2016)
  • Judo (1.07.2016)
  • Natation (10.09.2016)
  • Tennis (19.04.2016)

Le public s’en fout-il vraiment du dopage ?

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L’évolution en baisse du chiffre des téléspectateurs et des spectateurs sur le bord des routes tant à s’inscrire en faux contre l’indifférence des aficionados de la petite reine vis-à-vis de la triche biologique du peloton. En réalité, les fans du vélo en ont marre du dopage et du pouvoir sportif incapable de marginaliser le fléau qui poursuit sa progression.

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 Le maillot jaune Chris Froome au milieu de la foule du Tour de France

 Un sondage récent montre que près des trois quarts des Français (73%) doutent de l’honnêteté des performances sportives et sont favorables à une suspension à vie des athlètes dopés. C’est L’Equipe.fr qui, le 16 octobre dernier, reprend une dépêche de l’Agence France-Presse : « Un sondage révèle que 73% des Français doutent de l’honnêteté des performances sportives. La même part est favorable à une suspension à vie des athlètes convaincus de dopage. Selon un sondage Odoxa pour RTL et Winamax paru dimanche, près de trois quarts des Français (73%) « doutent très souvent (24%) ou régulièrement (49%) de l’honnêteté d’une performance sportive »  et pensent que son auteur est dopé. La même part est favorable à une suspension à vie des sportifs convaincus de dopage. Le cyclisme est selon les 1003 sondés le sport le plus touché (94%) devant l’athlétisme (85%), le football (65%), le tennis (59%), et enfin le rugby (42%) « en dépit des dernières révélations sur les prises de corticoïdes par les joueurs du Racing 92 » pointe le sondage.  La question des Autorisations d’usage à des fins thérapeutiques (AUT), mise en lumière par le piratage de l’Agence mondiale antidopage (AMA) par le groupe de hackers russes Fancy Bears, divise en revanche nettement plus : moins de la moitié des sondés (48%) estime qu’une interdiction est nécessaire. »

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 Un passage du Tour de France au Mont Ventoux

 POST-IT –

 En ce qui concerne les AUT, je suis quasi certain qu’une majorité des sondeurs et des Français soumis à la question, ignorent tout sur la définition et la réglementation de cette autorisation de  se soigner avec des substances prohibées dans le but de participer à une compétition malgré un problème de santé plus ou moins réel. Pour cette raison, le chiffre de 48% ne me paraît pas crédible.

PUBLIC  (pour ou contre le dopage)

 Même si Benjamin Disraeli, un homme politique et écrivain britannique du 19e siècle, affirmait : « Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques », on peut estimer que dans le cas des enquêtes d’opinion sur le dopage, ces dernières, constamment supérieures à 69%, sont crédibles. Bien que le public ne soit pas dupe du fait que la triche biologique concerne une très grande partie du peloton (les autres sports ne sont pas épargnés), il ne peut se résoudre à accepter que l’on arrête la grande boucle un certain temps pour faire le ménage. En revanche, il est pour des sanctions plus drastiques à l’encontre des fraudeurs. Depuis 1977, nous avons colligé la plupart des enquêtes et sondages sur l’avis du public face à la thématique du dopage. Au final, à l’inverse de ‘’l’opinion publique des journalistes sportifs’’ coincés par leur conflit d’intérêt (les journaux sont les organisateurs des courses cyclistes mais aussi d’autres épreuves, marathons, courses au large, etc.), le véritable public est contre le dopage et les dopés.

 1977 – CONTRE –  90% sont pour le contrôle antidopage

 » Pour une immense majorité de nos lecteurs, la cause paraît entendue. Interrogés sur l’obligation d’un contrôle antidopage, 90 p. cent d’entre eux ont répondu affirmativement. Sur cette masse, 40 p. 100 appuient leur opinion sur des considérations médicales, morales et aussi sur la nécessité de mettre tous les sportifs à égalité devant l’application d’une telle mesure. 40 p. cent précisent que ce contrôle ne doit plus être réservé à quelques sports individuels (cyclisme, entre autres), mais imposé à tous les pratiquants de tous les sports. 16 p. cent font observer que les fraudeurs faussent la pratique du sport. 4 p. 100 cependant estiment que le contrôle devrait être réservé aux seuls amateurs, puisqu’on ne sanctionne pas dans la vie professionnelle les gens qui se dopent lorsque leurs occupations exigent un « coup de collier ».

Pour l’anecdote, nous donnons enfin l’opinion d’un lecteur qui pense qu’un contrôle étendu au football ne le serait que pour la forme pour la raison qu’il est pratiquement impossible de se doper dans ce sport. Nous lui laissons, bien entendu, la paternité de cette appréciation. 90 ôtés de 100, il reste 10. C’est donc à peine 10 p. 100 de nos correspondants qui sont contre l’extension d’un contrôle étendu à tous les sports. Mais leurs raisons s’appuient davantage sur la difficulté à effectuer de manière satisfaisante un tel contrôle que sur la non-nocivité du dopage… » [L’Équipe, 08.01.1977]

 1977 – CONTRE – Les sorciers du sport : 77%

« La lettre d’un étudiant en médecine de Bordeaux qui entend préparer la spécialité de médecin du sport et qui exprimait son inquiétude devant la direction que semblait prendre cette branche, avait retenu notre attention. Elle posait la question : « La médecine du sport doit-elle rester dans son rôle traditionnel qui est de soigner et d’amener l’athlète dan sa meilleure forme au moment voulu et dans sa meilleure santé ? Ou bien doit-elle, utilisant les récentes découvertes de la chimie, de la toxicologie même, rechercher d’abord la performance, considérée comme but suprême et source de progrès ? » [L’Équipe, 28.03.1977]

 1978 – CONTRE – 75% sont favorables aux contrôles antidopage

 » Le thème de notre débat était cette fois : « Etes-vous pour ou contre les contrôles antidopage dans les sports d’équipe, tels qu’ils viennent d’être recommandés par le secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports ». Le football, le rugby ou le basket seraient donc soumis au même régime que le cyclisme ou l’athlétisme. A une majorité confortable (75%), nos lecteurs se sont prononcés en faveur de cette mesure. « Pas de discrimination, il n’y a pas de raison pour que Jean-Baptiste Piedvache ou Bernard Hinault soient les seuls concernés par les contrôles… » « Ces contrôles sont justifiés, en toute circonstance, pour l’effet de dissuasion qu’ils provoquent ». Parmi nos correspondants, les « contre » (15%) s’expriment au nom de la liberté individuelle ou s’élèvent contre ces manœuvres lourdes de soupçons : « Soumet-on le Prix Goncourt à un contrôle ou des hommes politiques après un débat ?» Certains lecteurs enfin se prononcent à la fois pour ou contre (10%). Ils admettent le principe du contrôle mais seulement pour les sports amateurs. » [L’Équipe, 13.02.1978]

 1978 – CONTRE – 57% condamnent le doping parce qu’il est dangereux pour la santé

« Selon un sondage exclusif réalisé par la Sofres à la demande du Pèlerin : 57% des Français estiment qu’il faut condamner le doping parce qu’il est dangereux pour la vie de l’athlète ; 34% parce qu’il fausse les résultats des compétitions ; 53% retireraient leur estime et leur admiration à un champion s’ils apprenaient qu’il se dope. » [Le Pèlerin, 04.06.1978]

 1997 – SANCTIONS – Pas assez sévères : 44%

Texte et commentaires du journaliste Jean-Julien Ezvan : « Les Français expriment, dans un sondage commandé par le ministère de la Jeunesse et des Sports, leur souci de fermeté pour prévenir et lutter contre le dopage. Le dopage est un fléau. Ce mal insidieux louvoie et gangrène le milieu, pollue l’image du sportif. Un sondage commandé par le ministère de la Jeunesse et des Sports le condamne. Réalisé par CSA les 29 et 30 décembre 1997, auprès d’un échantillon national représentatif de 1 002 personnes âgées de 18 ans et plus, il illustre la préoccupation évidente de la population, quels que soient l’âge ou la catégorie socioprofessionnelle, face à l’ampleur du mal. Ainsi, 58% des Français jugent que le dopage dans le milieu sportif est un problème « très grave » pendant que 34% le considèrent encore comme « assez grave ». Alors, pour qualifier ce mal à éradiquer, la « tricherie » est le mot clé pour 64% des personnes consultées. 21% des sondés préfèrent l’assimiler à une « drogue » quand pour 9% ça ne représente qu’un « stimulant comme un autre », voire même « un soutien médical » pour la frange marginale (4%)

Après les définitions, les sanctions. La série de contrôles positifs ayant meublé le paysage sportif français n’a pas laissé l’opinion perplexe face à un sportif clamant ensuite son innocence. Pour 40%, le sportif incriminé « ment », pour 33% c’est « l’entourage qui lui a fourni des produits dopants », pendant que seuls 10% estiment qu’il est « innocent, victime d’une erreur de dépistage ». La rigueur demeure de mise, même si la gronde n’est pas occultée des débats, au moment de punir. En effet, 44% des personnes interrogées estiment que les sanctions actuelles ne sont « pas assez sévères », 36% les considèrent « justes », tandis que 10% les trouvent « trop sévères ». Pour prévenir l’arsenal répressif « l’information des sportifs dès leur plus jeune âge » (53%), « l’augmentation de la prévention et du suivi médical des sportifs de haut niveau » (39%), « les sanctions sur l’entourage du sportif en cas de dopage » (36%) et « l’exemplarité des sanctions » (15%) sont par ordre d’impact les armes, les mesures prônées par le panel consulté.

Si, enfin, parmi les sportifs suspectés de dopage dans les grandes compétitions, les doutes les plus avoués entourent de « façon importante » l’haltérophilie et l’athlétisme (70%) devant le cyclisme (67%), le football (62%) et la natation (41%), une large majorité des sondés (69%) pense que l’on peut être un champion sans se doper. Réconfortant. »  [Le Figaro, 10.01.1998]

 1999 – LOI ANTIDOPAGE – Oui massif de la part des sondés

 » L’ensemble des thèmes contenus dans la loi sur la lutte contre le dopage recueille un « oui » massif de la part des 970 personnes de plus de 18 ans sondées les 26 et 27 novembre par l’Ifop pour le compte du ministère de la Jeunesse et des Sports. La mesure jugée la plus efficace (à 84%) est la mise en place d’un suivi médical obligatoire pour les athlètes de haut niveau. Egalement plébiscités : le renforcement des poursuites judiciaires à l’encontre des pourvoyeurs (76%), la création d’un conseil indépendant (73%) et l’obligation faite aux médecins d’interdire de pratique un sportif dopé (72%). Les Français sont moins favorables (65%) à l’allongement des sanctions. » [Le Parisien (avec AFP), 08.01.1999]

 1999 –  POUR – 68% des Français souhaitent que le Tour de France ait lieu

« Plus de deux Français sur trois (68%) souhaitent que malgré les affaires de dopage, le Tour de France ait lieu normalement cette année, contre 24% qui sont favorables à sa suspension pour une année, selon un sondage de l’IFOP que publie Le Journal du Dimanche. Six pour cent des personnes interrogées sont favorables à un arrêt définitif de l’épreuve.Concernant les deux champions les plus controversés dans les affaires de dopage, une proportion similaire de Français souhaite leur participation au prochain Tour de France : 65% pour Richard Virenque et 61% pour Marco Pantani, contre 30% qui s’y déclarent opposés. Ce sondage a été réalisé les 10 et 11 juin auprès d’un échantillon de 1 012 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. »[Agence Associated Press, 12.06.1999]

 2003 – CONTRE – A 74% les Européens identifient le dopage comme le problème n° 1 du sport

« Une majorité de citoyens européens s’inquiète de la proportion prise dans le sport par le dopage et l’argent, révèle un sondage de l’Union européenne. L’enquête menée par la Commission exécutive de l’UE, montre que 74% des 16 000 Européens interrogés identifient le dopage comme le problème numéro un du sport.  En Suède, le chiffre monte même jusqu’à 91%. Le sondage souligne également que l’Union européenne devrait plus s’impliquer dans la lutte antidopage. Un total de 58% des personnes interrogées estiment que c’est l’argent qui est le plus grand problème, une inquiétude essentiellement formulée par les Allemands et les Français. » [Agence Reuters, 21.11.2003]

2008 – CONTRE – Le retour de Lance Armstrong : 69%

« Armstrong n’est pas le bienvenu – Telles sont les conclusions d’un sondage réalisé pour Stade 2 par l’Institut Opinion Way (auprès d’un échantillon de 1026 personnes, représentatif de la population française). A la question : « Souhaitez-vous que Lance Armstrong soit au départ du Tour 2009 ? », 69% des personnes interrogées se prononcent contre un retour du septuple vainqueur de la grande boucle sur les routes du Tour, seuls 29% accueillent favorablement cette hypothèse. Dans cette même étude, 49% des sondés jugent que le retour à la compétition du Texan est « une mauvaise chose pour le cyclisme » contre 9% qui estiment que c’est « une bonne chose » alors que 41% n’y voient « ni une bonne ni une mauvaise chose ». [L’Équipe, 27.10.2008]

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 La foule dans la montée de l’Alpe d’Huez lors du Tour de France

 2008 – CONTRE – 85% de la population refuserait de se doper contre beaucoup d’argent

« Se doper pour de l’argent ? Les Français répondent. Un nombre minoritaire de personnes que nous avons interrogées nous ont répondu qu’elles accepteraient de se doper si cela leur permettait de gagner beaucoup d’argent. Et vous, accepteriez-vous de le faire à cette condition ?

(1) Ensemble de la population            (2) 15 – 24 ans

Certainement pas                               (1)  59 %         (2) 36 %

Probablement pas                             (1)  26 %        (2) 34 %

Probablement                                    (1)  12 %        (2) 22 %

Certainement                                     (1)    3%         (2)   8%

 85 % de la population française refuserait de se doper contre beaucoup d’argent. Et 70 % des jeunes de 15 – 24 ans. [Source : Sportimat, août 2008 – Base 1 000 Français adultes (15 ans et +) interrogés] [Source : Sport, 2008, n° 189, 03 octobre, p 8]

2009 – BASEBALL – 77% contre le ‘’Temple de la renommée’’ pour Mark McGwire

Texte du journaliste Jean-François Bégin : « Le repentir. Il aura fallu cinq années à Mark McGwire pour finalement comprendre. Cinq années depuis cette journée fatidique de 2005 où l’ancien recordman des coups de circuit a fait perdre à ses fans ce qu’il leur restait d’illusions en disant au Congrès américain qu’il « n’était pas ici pour parler du passé ». Sa contrition tardive ne lui ouvrira probablement pas les portes du Temple de la renommée – à peine 22,4% des électeurs ont inscrit son nom sur leur bulletin de vote cette année, très loin des 75%  requis, mais là n’est pas l’essentiel. En avouant qu’il a utilisé des stéroïdes anabolisants  pendant la majeure partie de sa carrière, McGwire ne fait pas que soulager sa conscience. Il donne aux amateurs de baseball l’occasion de tourner la page sur les mensonges d’une carrière gonflée aux hormones. » [La Presse Montréal, 13.01.2010]

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 2012 – CONTRE –  68% estiment que la 99e édition du TDF n’est pas plus propre que les précédentes

« Une large majorité des Français (68%) estime que le dopage est « présent » parmi les coureurs du Tour de France, dont l’édition 2012 a été marquée par une nouvelle affaire avec la mise en examen de Rémy Di Grégorio (Cofidis), selon un sondage IFOP pour Sud Ouest Dimanche. A la question « Pensez-vous que cette année le dopage est très présent, assez présent, peu présent ou pas présent du tout parmi les coureurs du Tour de France ? », 25% jugent qu’il est « très présent » et 43% « assez présent » (68% au total). A l’inverse, l’enquête révèle que 29% des sondés estiment que le dopage est « peu présent », 3% seulement jugeant qu’il n’est « pas présent du tout » au sein du peloton, régulièrement secoué par des affaires de dopage. L’IFOP note que « les femmes (72%), les personnes âgées de 25 à 49 ans (75%), les professions libérales et cadres supérieurs (77%), les employés (77%) et les professions intermédiaires (73%) se montrent les plus dubitatifs quant à la propreté des coureurs ». Ce sondage a été réalisé alors que le coureur de Cofidis, Rémy Di Grégorio, placé en garde à vue mardi 10 juillet, a été mis en examen deux jours plus tard dans une affaire de dopage présumé. Dans les enquêtes IFOP précédentes, « en 2001, puis en 2007, une proportion équivalente de personnes (78%) déclarait avoir des doutes sur l’honnêteté d’un coureur vainqueur d’étape sur le Tour de France. Cinq années plus tard, les Français se montrent donc toujours suspicieux », observe l’institut de sondage. Sondage réalisé par téléphone les 12 et 13 juillet, sur un échantillon de 1 008 personnes représentatif de la population française, selon la méthode des quotas. » [Agence France-Presse / Le Parisien, 14.07.2012]

 p-2On se lève tous pour le Tour de France

 Controverse : d’accord, pas d’accord

 Avis contradictoires de quelques intervenants du débat sur les rapports des spectateurs (bord des routes, TV) avec le dopage. Le public s’en fout-il vraiment de voir rouler des « cornues pédalantes ? » ou, au contraire, n’est pas indifférent à cette dérive en désertant les bords des routes et les canapés TV ? Les pour et les contre.

 Le public n’est pas pour le dopage

 Daniel Bilalian (FRA), directeur des sports de France Télévisions de 2004 à 2016 : « L’an dernier, avec l’exclusion de plusieurs leaders avant le départ du Tour et la fin de la Coupe du monde de football, nous avions réalisé une première semaine désastreuse en audience qui s’était relevée pour chuter en raison des affaires de dopage. Cette année, nous avons eu une bonne première semaine, une deuxième pratiquement stable et une troisième en nette baisse due aux mêmes affaires de dopage. Cela prouve que le public n’est pas insensible et que ces affaires ont un impact réel. » [Le Monde, 01.08.2007]

 Patrice Clerc (FRA), président d’Amaury Sport Organisation de 2000 à 2008 : « Le public attend la garantie du respect des règles, le renforcement des moyens de contrôle, l’application ferme des sanctions en cas de faute et une information transparente. »        [in « Luttons contre le dopage, non contre le Tour » .- Selection Reader’s Digest, 2001, juillet, pp 33-35 (p 34)]

 Pr Jean-Paul Escande (FRA), ex-président de la Commission nationale de lutte contre le dopage (1990-1996) : « Le public se fout que ses chanteurs, ses acteurs, ses politiciens ou ses chercheurs se dopent. Pas ses champions. »   [Journal du Dimanche, 26.10.1997]

 Dr Alain Garnier (FRA), mission médecine du sport et lutte antidopage du ministère de la Jeunesse et des Sports : « Les enjeux de la lutte antidopage peuvent être effectivement différents vus par le mouvement sportif ou par la société civile. L’enjeu pour les états est avant tout de sauver une culture sportive et un modèle de société : les valeurs humanistes du sport sont alors mises en avant. L’enjeu pour l’économie du sport est de sauver sa crédibilité afin qu’il puisse perdurer, car le dopage fera fuir à terme le public, mais aussi par voie de conséquence les sponsors. On constate donc que si les motivations diffèrent, l’objectif est commun. »   Sport dans la cité, 1996, n° 146, 1er  ter, p 13]

 Mathieu Ladagnous (FRA), cycliste professionnel depuis 2006 

As-tu ressenti que le public changeait vis-à-vis des coureurs ?  « Je pense que la vision des gens commence déjà à évoluer. Si à une époque les coureurs qui passaient les cols avec le gruppetto se faisaient traiter de bons à rien, aujourd’hui ils nous soutiennent. Peut-être même plus que ceux qui font la course à l’avant. Je suis fier d’avoir fait partie du gruppetto. Le public nous encourage vraiment sur le fait que nous soyons des coureurs propres. »  [Cyclismag.com, 10.12.2007]

Alexandre de Mérode (BEL), président de la commission médicale du CIO de 1967 à 2002 : « Curieusement, le public aujourd’hui attend du sport une espèce de code d’honneur, une certaine forme de propreté morale et intellectuelle bien proche de l’idéal des gentlemen de 1905… »  [Le Figaro, 17.08.1998]

Michael Rasmussen (DAN), cycliste professionnel de 2001 à 2007 et de 2009 à 2011 : « Oui, c’est vrai, j’ai été hué pendant la 16e étape du Tour 2007. Je crois qu’il y a beaucoup de frustrations dans le public et dans le peloton, notamment après ce qui s’est passé avec Alexandre Vinokourov. Cette frustration s’est reportée sur moi. Je comprends maintenant ce que Lance Armstrong a vécu pendant sept ans et mon respect pour lui grandit de jour en jour. »  [Libération, 26.07.2007]

 Eddy Seigneur (FRA), cycliste professionnel de 1991 à 2005 :

1 -« J’ai très mal vécu le Tour 1998. On a mis tout le monde dans le même panier ! Moi, dans un col, j’ai même pris des tomates dans la tronche ! Quand vous n’y êtes pour rien, je peux vous dire que ce n’est pas agréable. Je roulais depuis plus de 4 heures quand des abrutis ont trouvé intelligent de me canarder… C’est vraiment lamentable ! Si jamais je les retrouve ceux-là ! »  [Le Sport, 1999, n° 5, février, p 38]

 2 – « Moi, je peux vous dire que sur la route, on se faisait traiter de fainéants, de dopés, de trop payés ! A côté de cela, c’est vrai que d’autres nous ont montré leur soutien. » [Le Sport, 1999, n° 5, février, p 38]

 3 –  » Mais, une grande partie du public a manifesté de l’hostilité à notre égard. Surtout après notre protestation de Tarascon. Les gens sur le bord de la route semblent ignorer que nous sommes des salariés comme les autres. » [Le Sport, 1999, n° 5, février, p 38]

 Le public s’en « tape » complètement

 Christophe Brissonneau (FRA), ancien athlète et sociologue à l’université Paris-Descartes : « La réflexion des gens au bord des routes du Tour peut se résumer à : ces gens sont des travailleurs de l’extrême. Ils prennent des produits pour tenir la cadence et monter tous ces cols. Encore aujourd’hui, il y a une saturation, non pas du dopage, mais des affaires de dopage dans l’opinion. Les gens veulent voir du fantastique. Et c’est nous, les observateurs, qui voulons de l’éthique, de la pureté. Les gens ne veulent plus entendre parler du dopage comme un problème ou comme un scandale. »  [Libération, 13.10.2008]

 Guillaume Fabert (FRA), écrivain : « Et le public, avide de performances, se fiche complètement de la composition exacte de ce qui coule dans les veines de ses ‘’superchampions’’. »   [in « Les Z’Héros du sport » .- Paris, éd. Régine Deforges, 1990 .- 98 p (p 29)]

 Laurent Fignon (FRA), cycliste professionnel de 1982 à 1993 : « Le public, qui est toujours là, qui dit qu’il n’ignore rien du dopage, mais qui s’en fiche et qui triche sans doute aussi un peu dans sa vie de tous les jours. »   [Le Monde, 10.07.2001]

 Dr Henri Fucs (FRA), ex-médecin du groupe sportif Sonolor-Lejeune : « Le public est en général peu intéressé de savoir par quel miracle de travail, de volonté, d’énergie, l’athlète en est arrivé à un aussi haut niveau de performances. Il est assez peu au courant des problèmes de dopage (…), il est également assez indifférent aux divers dangers courus par l’athlète. »  [L’Équipe, 13.08.1983]

 Philippe Gaumont (FRA), cycliste professionnel de 1994 à 2003 : « Les gens se moquent de savoir si les coureurs sont dopés ou non. Qu’on se charge la gueule ? S’en foutent complètement des mafias du vélo, des coups de bordure, de toutes ces histoires. Ils veulent du spectacle. »  [Libération, 08.04.2001]

 Jacques Julliard (FRA), chroniqueur au Nouvel Observateur : « Le football a eu, il y a quelques années, son héros quasi anonyme. Il se nommait Jacques Glassmann et jouait arrière à Valenciennes. Tout seul, comme l’est Christophe Bassons, il eut le courage de dénoncer le système Tapie, c’est-à-dire le truquage des matches. Qu’arriva-t-il alors ? Le public sportif le traita-t-il en héros ? Vous voulez rire ! il fut hué chaque fois qu’il apparaissait sur un terrain, mis en quarantaine, lâché par les autorités sportives. Il dut se réfugier à La Réunion avant de mettre fin à sa carrière. »   [Le Nouvel Observateur, 22.08.1999) 

Jeannie Longo (FRA), cycliste de haut niveau, 8 participations aux JO (1984-2008) Votre sport est souvent associé au dopage. En souffrez-vous ? « Que dire ? A force d’annoncer tout et son contraire, le public n’y comprend plus rien. Lui ne demande qu’à voir des belles images, c’est tout ! La cuisine interne, il s’en moque. »   [Télé 7 Jours, 19.08.2000]

 Georges Vigarello (FRA), historien, sociologue, directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) : « Pire, le dopage magnifie le spectacle : il rend le cycliste toujours plus brillant, plus effervescent, plus spectaculaire. Ainsi, le public est indifférent au traitement du corps, pourvu que le spectacle soit marquant. Cette indifférence est renforcée par une relative impunité du dopage, par la faiblesse des sanctions et de la croisade des pouvoirs publics contre ces pratiques. »  [La Croix, 27.08.2012]

 

POST-IT – Lance Armstrong face au public du Tour

 Pendant son septennat victorieux sur les routes de l’Hexagone, le Boss du peloton a eu à souffrir de l’hostilité grandissante du public. Curieusement, et contre l’évidence des images et des sons des bords des routes, ce sont les voix de l’organisation et de L’Equipe qui ont défendu Armstrong. Et bien sûr le peuple américain qui grâce à la magie de son combat victorieux contre le cancer, ne pouvait penser une seconde que le Sanglier d’Austin était à la fois un grand tricheur autant qu’un grand dopé.

 Le public : pour ou contre Armstrong

 2001 – Un certain malaise dans le public

 Texte du journaliste Philippe Brunel : « Dans ce Tour de France, l’Américain a creusé, ces deux derniers jours, tant à l’Alpe qu’à Chamrousse, des écarts chronométriques conformes à la hiérarchie en cours. Mais ses victoires ont suscité, à tort ou à raison, un certain malaise dans le public. Dans l’ascension de l’Alpe-d’Huez, alors qu’il était en train de réaliser une prouesse athlétique de premier ordre, le double vainqueur du Tour s’est fait siffler par de nombreux spectateurs. Certains exprimaient un anti-américanisme primaire mais les autres ?  En dix ans de carrière, le Texan n’a pas réussi à tisser un lien d’affection réciproque avec le public du Tour qui lui témoigne des sentiments ambivalents d’admiration et de rejet. Tout se passe comme si les spectateurs ne voulaient pas croire au mythe, croire qu’on puisse réchapper d’un cancer et gagner la course la plus dure au monde. L’histoire d’Armstrong qui est toujours dans une procédure juridique en France, après la découverte de produits suspects dans le Tour 2000 – concentre trop de rumeurs, trop d’interdits, trop de suspicions pour qu’on puisse accueillir ses performances sereinement. » [L’Équipe, 19.07.2001]

 2002 – Tour de France : « Le public du Ventoux l’a mis en colère »

Témoignage du Boss du peloton : « Si j’avais gagné un dollar à chaque fois qu’un spectateur m’a traité de dopé, je serais vraiment très riche. » Quelques minutes après son arrivée, hier, Lance Armstrong n’avait toujours pas digéré l’accueil musclé que lui a réservé l’impressionnant public massé dans l’ascension du mont Ventoux. « Le public n’a pas été très sportif, ça m’a déçu, a ajouté le maillot jaune, le regard noir. Quand dix personnes vous encouragent et qu’une seule vous hue, vous n’entendez qu’elle. Je ne comprends pas cette mentalité. Mais je ne suis pas là pour me lier d’amitié avec les gens qui ont un peu trop bu sur le bord de la route. Je ne m’occupe pas d’eux. Et, dans trois ou quatre ans, quand je serai tranquillement avec mes enfants à la plage à boire une bière bien fraîche, je les aurais oubliés. » Disert et franchement agacé par les noms d’oiseaux qu’il a entendus hier, Lance Armstrong a fini par lancer un appel à ses détracteurs. « Si vous n’aimez pas le cyclisme et que vous avez envie de crier sur les coureurs, restez chez vous ! » [Le Parisien, 22.07.2002]

 2002 – Eddy Merckx (BEL) : l’impopularité « c’est la rançon des champions »

Aujourd’hui, après quatre Tours de France, il n’est guère populaire. Comme vous à l’époque. Comment l’expliquez-vous ?

Eddy Merck : « C’est la rançon des champions. Moi, je suis devenu populaire le jour où j’ai été battu. Mais ce qui s’est passé dans l’étape du Ventoux n’est pas très joli (Armstrong y a été conspué « dopé, dopé »). Je crois que c’est propre à la France, surtout quand il n’y a pas de coureur français pour gagner le Tour. Il est difficile d’imaginer cela en Belgique, où l’on ne méprise pas les champions. »

Peut-il craindre un coup de point, comme vous sur le Tour 75 ?

« Il faut espérer que ce genre d’agression ne se reproduise plus jamais. Heureusement, il n’y a pas de hooliganisme dans le cyclisme. » [Le Journal du Dimanche, 28.07.2002]

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2002 – Jean-Marie Leblanc : les Français aiment Armstrong

Jean-Marie Leblanc, le patron du Tour de 1989 à 2006, est catégorique : la France du Tour aime le champion du Tour de France. « L’osmose s’est parfaitement réalisée entre le public et les coureurs, via Laurent Jalabert, via Richard Virenque et via Lance Armstrong aussi. A l’exception de l’incident du Ventoux, il a été mieux apprécié cette année. Sans doute parce qu’il s’est obligé à parler notre langue, ce qui le rend plus sympathique et plus proche. » [Le Journal du Dimanche, 28.07.2002]

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 Lance Armstrong en compagnie de Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France

 2003 – « Fait vibrer quelques cœurs »

Témoignage de la journaliste Frédérique Galametz : « Sûr que le leader américain a gagné en popularité sur ce Tour : ses soucis, ses chutes, sa douleur exprimée à l’occasion ont su incontestablement faire vibrer quelques cœurs. » [L’Équipe, 28.07.2003]

 2004 – Tour de France – Armstrong : « Ne me huez pas tout en encourageant Virenque… »

Vous avez souvent paru agacé par l’attitude des spectateurs sur ce Tour ?

L.A. : « J’ai été perturbé par une minorité de spectateurs. Il y a des gens qui me huaient mais je pense que ces gens-là ne savent pas quel genre de champion ils veulent. Veulent-ils un champion qui ne travaille pas et qui n’aime pas son sport ? Ne me huez pas tout en encourageant quelqu’un qui a été impliqué dans le plus gros scandale de dopage de notre sport. Ça n’a pas de sens. Mais si Jacques Anquetil était vivant, il vous dirait qu’on le huait tout le temps. Si Eddy Merckx était dans cette pièce, il vous dirait qu’on le huait tout le temps. Si je suis en leur compagnie, ça me va. Ça ne me perturbe pas, particulièrement dans un pays où parfois on aime plus le deuxième que le premier. Mais je dois le répéter, je ne veux pas généraliser, parce qu’une grande majorité du public me soutient vraiment. » Agence Associated Press, 24.07.2004]

2004 – Sondage d’ESPN (USA) : 72% le croient non coupable

« Un sondage réalisé mardi 23 août par la chaîne de télévision sportive américaine ESPN indique que 72% des téléspectateurs ne croient pas à la culpabilité de l’Américain Lance Armstrong, accusé par le quotidien sportif français L’Équipe de dopage à l’ÉPO lors du Tour de France cycliste en 1999. La consultation a été réalisée auprès de 56 821 personnes ; 28% d’entre elles sont d’un avis contraire. Sur la même chaîne, Dave Chaner, directeur du circuit professionnel américain dans lequel le septuple vainqueur du Tour de France a débuté sa carrière, a également volé au secours d’Armstrong. « Lance n’a rien à cacher » a-t-il déclaré. Il a été contrôlé et contrôlé à nouveau plus que n’importe quel autre athlète. Je ne sais pas ce que le test a trouvé et comment il a été effectué mais je ne peux pas croire qu’il se soit dopé. » [La Dernière Heure les Sports, 25.08.2005]

2005 – Journal du Dimanche : au 3e rang des sportifs les plus antipathiques

Texte du journaliste Philippe Brunel : « En dépit de ses multiples victoires, d’une longue surexposition médiatique, Lance Armstrong continue d’intriguer. Il suffit de lire les commentaires, les sondages (en juillet dernier dans Le Journal du Dimanche, il apparaissait au troisième rang des sportifs les plus antipathiques derrière Michaël Schumacher et Nicolas Anelka), de tendre aussi l’oreille sur son passage, pour s’apercevoir qu’il n’a pas encore réussi à pénétrer le cœur du public. Ce qui n’a jamais été son but. « Je n’ai jamais été un bon client de la célébrité, dit-il, et puis, ce qui compte, c’est de gagner le Tour, pas d’être sympathique. » Le plus étrange, c’est qu’il avait tout pour devenir une icône : un nom culturellement légendaire, une stature de héros tragique, à l’égal des grands mythes de l’histoire. Avec en plus une trajectoire fulgurante. » [L’Équipe, 01.07.2005]

 2008 – Le Figaro.fr : Armstrong est-il le bienvenu dans le peloton ?

Les internautes du quotidien répondent NON massivement à la question sur le retour de l’Américain après trois ans de retraite :  

Lance Armstrong est-il le bienvenu dans le peloton en 2009 ?

OUI                 21.51 %

NON                78,49 % 

[Le Figaro.fr, 02.12.2008]