CIO et AMA – Les contre-performances chroniques des gendarmes antidopage ou « la course à la lenteur »

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[publié le 26 juin 2017]

Pour les principales substances dopantes utilisées, le temps de latence entre le début de l’emploi par les sportifs, l’interdiction officielle (en liste rouge) et la détection effective dans les liquides biologiques, se compte en années, voire en décennies. Ces délais illustrent l’incapacité des instances à lutter efficacement contre les professionnels de la triche pharmacologique.

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Pendant toute sa campagne, il a prôné sans relâche la nécessaire « moralisation de la vie publique ». Mais dès son élection, Emmanuel Macron, en adressant une lettre de motivation de la France à Thomas Bach – président du CIO – se comporte plus en VRP du mouvement sportif qu’en chef d’état d’une nation souveraine

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[publié le 14 mai 2017]

Apparemment, ce féru d’histoire a dû faire l’impasse sur le chapitre JEUX OLYMPIQUES.

Dès leur rénovation en 1894 par le Baron Pierre de Coubertin, toutes les éditions ont été entachées de :

–       Corruption (dirigeants et athlètes)

–       Fraude

–       Dopage

Le tout aboutissant  pour les participants sportifs, cadres et dirigeants médico-techniques à « une grande école de la triche ». Ces dérives étant de plus en plus efficacement boostées par la médiatisation. La ville de Paris reçoit en grande pompe les membres du Comité international olympique (CIO), une coterie d’hommes et de femmes non élus démocratiquement mais uniquement cooptés par leurs pairs (à part des liens de copinage, on ne voit pas sur quels critères de compétence ils sont choisis) tout en se comportant comme les monarques du monde.

Visiblement, l’attitude du nouveau chef de la France s’inscrit en droite ligne de ses prédécesseurs de la Ve République. Clairement, on repart pour un tour. Rien ne va donc changer avec Emmanuel Macron, la triche dans le sport sera récompensée encore pour de longues années.

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Président Macron vous avez dit, objectif numéro un : moralisation ? Comme c’est bizarre !

                                                 Dr JPDM – La triche récompensée, éd. Amphora 1996

Dr JPDM – L’imposture des performances, éd. Chiron 2000

N.B. pour tous les adeptes de la pensée unique, les deux ouvrages présentés sont épuisés

Dopage – Le CIO et l’AMA, trop souvent à la bourre pour la détection des substances dopantes, rattrapent enfin trente ans de retard sur l’Oral-Turinabol, le stéroïde qui a fait la gloire de la RDA

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[publié le 1er avril 2017]

Mais pendant ces trois décennies, combien de tricheurs ont été médaillés grâce au ‘’T.bol’’ ?

A posteriori, cinq ans après les Jeux de Londres (2012), quatre Russes sont contrôlés positifs au Turinabol® (un stéroïde anabolisant sorti des cornues des pharmaciens d’Allemagne de l’Est en 1965) et indétectable depuis son apparition sur la liste rouge en 1984, soit près de trois décennies.

L’Oral-Turinabol® resté silencieux de 1974 à 2012, refait surface en 2017

Bravo pour l’AMA (Agence mondiale antidopage) et son mentor, le CIO (Comité international olympique) !

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L’Equipe, 31 mars 2017

L’interdiction sportive des stéroïdes anabolisants date de 1974. Mais dès 1972, Roger Bannister, le premier homme à être descendu sous les 4 minutes au mile (3’59’’40 à Oxford le 6 mai 1954) devenu médecin neurologue mais aussi président du Conseil britannique des sports, révèlait que : « Les deux tiers des lutteurs et des haltérophiles ayant participé aux JO de Munich (1972), ainsi qu’un certain nombre de lanceurs, ont reconnu qu’ils avaient utilisé des stéroïdes anabolisants ».

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Roger Bannister, le 1er sous les 4 mn au mile, puis médecin neurologue et président du conseil britannique des sports

Les premiers tests sur les engrais musculaires auront lieu en 1976 aux JO de Montréal. Bilan des éprouvettes : 9 positifs aux stéroïdes anabolisants dont 8 haltérophiles. Si on arrêtait la cure de stéroïdes 15 jours avant les épreuves, ni vu ni connu, les dopés échappaient aux radars olympiques.

RDA – 519 médailles de 1968 à 1988 et aucun positif !

 En 1965, le laboratoire est-allemand Jenapharm Gmbh invente l’Oral-Turinabol®, un dérivé de synthèse de la testostérone l’hormone mâle. Cerise sur le gâteau : il est indétectable si l’on arrête le traitement cinq jours avant les épreuves. De 1968 à 1988, ce stéroïde va être consommé par 10 000 athlètes de RDA. Résultat : 519 MEDAILLES ET AUCUN POSITIF. Un ratio unique au monde.

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Plaquettes d’Oral-Turinabol® commercialisées par Jenapharm de 1965 à 1994

Sauf que l’Oral-Turinabol® va continuer ses prouesses au sein de la gent sportive des Pays de l’Est. Puisqu’encore aujourd’hui, il est toujours commercialisé par d’autres laboratoires signalés sur internet.

Il faut attendre 2013 pour que deux structures analytiques – Cologne et Moscou – mettent au point la technique pour épingler les tricheurs au Turinabol® et au stanozolol. D’où les contrôles positifs à rebours sur les Jeux de Pékin (2008) et de Londres (2012) [voir l’articulet de L’Equipe du 31 mars]

En 2012 : 80 cas positifs à l’Oral-Turinabol®

C’est l’Agence France-Presse (AFP) qui témoigne de cette avancée de la lutte officielle mais cette dernière est restée de longues années les bras croisés. En novembre 2013, l’AFP rapporte les découvertes des deux entités analytiques : « La mise au point d’une nouvelle méthode de détection des stéroïdes anabolisants a abouti en un an à plus de 260 cas positifs qui n’auraient pas pu être décelés sans cela auparavant, a expliqué  un chercheur du laboratoire antidopage de Cologne. ‘’Maintenant nous avons une méthode plus sensible et depuis que nous l’avons lancée en novembre l’an dernier (2012), nous avons trouvé environ 180 cas positifs au stanozolol et 80 cas positifs à l’Oral-Turinabol® que nous n’aurions jamais détectés avant’’ a expliqué Hans Geyer, un des scientifiques de ce laboratoire allemand lors d’une conférence au siège de la Fifa à Zurich.

oral-t-bol-drachensang-100caps-15mgOral-Turinabol® vendu sur internet en 2017

Cette méthode, qui se base sur la recherche d’un métabolite de longue durée dans l’urine, a été mise au point par le laboratoire antidopage allemand pour le volet concernant le stanozolol, le stéroïde trouvé dans les urines de Ben Johnson au terme du 100 m des JO de Séoul en 1988, et par le laboratoire de Moscou pour l’Oral-Turinabol® (déhydrochlorométhyl-testostérone), Le produit dopant de l’ancienne Allemagne de l’Est. Ces résultats ont surpris les chercheurs : ‘’Avant, nous n’avions pas un cas positif à l’Oral-Turinabol® par an, soudain nous mettons au point une nouvelle méthode qui est plus sensible et nous avons maintenant une immense augmentation. Cela veut dire que probablement les athlètes savaient quand il fallait arrêter de prendre ces substances pour ne pas être contrôlés positifs’’ a fait valoir Hans Geyer. »

Le constat est aveuglant. Tout cela montre bien que de 1974 à 2012, des centaines de médailles ont été obtenues grâce à l’Oral-Turinabol® mais aussi au stanozolol. Visiblement, Ben Johnson contrôlé positif au stanozolo en 1988 lors de la finale du 100 m qu’il avait dominé n’était pas un top expert en protocole de dopage.

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Ben Johnson, champion olympique du 100 m en 1988 ; déclassé pour contrôle positif au stanozolol

Pour nous, il y a longtemps que le constat est fait : l’AMA n’est pas la bonne structure pour lutter efficacement contre la triche.

 

 

 

Lutte antidopage – Tripatouillages d’urines, laboratoires  »flottants » et magouilles de la Russie ont commencé au minimum en 1976. Le CIO ne pouvant l’ignorer démontre ainsi qu’il est le maillon extrafaible de la solution du dopage

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[publié le 12 décembre 2016]

Déjà en 1976 et 1988, les Soviétiques, grâce à un laboratoire flottant dans les ports de Montréal et Séoul, sont passés à travers les mailles du filet extralarges des tests antidopage olympiques.

Le jeu des sportifs de haut niveau est de se doper, gagner et surtout de ne pas se faire prendre par la maréchaussée olympique.

D’où la mise en place de contrôles préalables juste avant les compétitions en mode incognito pour déjouer les tests officiels. Les cures de dopants, notamment celles à base de stéroïdes anabolisants, sont calculées pour que le sportif arrive négatif le jour de son épreuve.

En 1976 et en 1988, à Montréal et à Séoul, les Soviétiques avaient installé un laboratoire clandestin dans les ports des deux métropoles.

Un « laboratoire fantôme » destiné à contrôler la délégation soviétique et vérifier ainsi que les sportifs aux maillots rouges siglés de la faucille et du marteau qui n’auraient pas encore complètement éliminée toute trace de produits dopants, soient écartées avec une excuse bidon : une blessure soudaine, un membre de la famille très malade  à rejoindre dare-dare ou l’accouchement au pays d’une conjointe !

Ajoutons qu’au final, aucun concurrent soviétique n’a été détecté positif ni à Montréal ni à Séoul. Résultats des courses : tout cela a bien fonctionné ! Merci le CIO.

 1976 – Jeux de Montréal : présence ‘’incognito’’ d’un laboratoire soviétique

C’est le Canadien Charlie Francis, ex-entraîneur de Ben Johnson, qui en 1992 a confirmé ce que l’on supposait depuis seize ans. En effet, à partir des révélations du magazine Zmena (Changement), un périodique du Comité central des jeunesses communistes, le coach de Big Ben donnait quelques détails sur les pratiques des soviétiques. Visiblement, aucun membre du CIO n’a lu le bouquin de Charlie Francis. Rien d’étonnant. En quatre décennies, jamais, je dis bien JAMAIS, aucun responsable antidopage ne m’a contacté pour me dire : « Vos ouvrages sur le dopage, c’est des c… » ou, à l’inverse, vouloir me rencontrer pour discuter de toutes les données scientifiques et historiques que j’ai accumulées sur la triche biologique dans le sport de haut niveau.

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Charlie Francis. – Le piège de la vitesse. – Paris, éd. Robert Laffont, 1992. – 303 p (p 277)

 1988 – Jeux de Séoul : à nouveau le laboratoire soviétique flottant fait escale dans une ville olympique

Le même magazine Zmena dans son édition du 22 mars 1989, à propos de la quinzaine olympique qui s’est déroulée dans la capitale sud-coréenne, témoigne de la présence d’un bateau soviétique au large de Séoul comportant un laboratoire sophistiqué destiné à organiser des tests préventifs pour ne pas exposer les athlètes de la grande nation communiste à tomber dans les éprouvettes olympiques. C’est le quotidien le Monde qui en fait part dans son édition du 25 mars 1989.

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Au final, que le rapport McLaren – fer de lance du CIO de l’AMA – mette en émoi la planète sportive découvrant l’ampleur de la triche de l’Etat russe de 2011 à 2015, est une belle et grande imposture de la famille olympique. Nous l’avons démontré à plusieurs reprises…

la triche et les magouilles ont commencé au minimum en 1976.

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Dans L’Equipe du 12 décembre 2016, on a droit à un long entretien de la Tsarine de la perche, Elena Isinbaeva, au CV long comme le bras : double championne olympique en 2004 et 2008, membre du CIO et depuis peu directrice de l’Agence antidopage russe (RUSADA).

Elle dit deux choses qui posent problème :

  1. Se présente en athlète propre : « J’ai satisfait à des centaines de contrôles antidopage». Malheureusement pour elle, Isinbaeva utilise le même argument que des tricheurs célèbres tels que Lance Armstrong, Marion Jones et beaucoup d’autres.

  2. L’Agence antidopage russe dont elle assure la direction est indépendante de l’Etat ainsi que financièrement. A ce jour, et cela se saurait, le mot indépendant ne fait pas partie du dictionnaire des institutions russes.

 

Rapport McLaren – Pandémie de dopage en Russie ! On le sait depuis des lustres mais que prennent les autres nations pour monter sur les podiums ?

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[publié le 10 décembre 2016]

L’enquête dirigée par le juriste canadien démontrant que l’ensemble du sport russe est vérolé par le dopage enfonce des portes ouvertes. Tout cela, on le sait depuis plus de…

60 ans.

En revanche, le responsable du statu quo, du marasme, des affaires qui s’enquillent à l’infini, c’est bien sûr le Comité international olympique (CIO).

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Un conglomérat de gens pour la plupart élus par leurs copains et jamais démissionnés pour leur incapacité à affronter sérieusement le problème de face.

 

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Une session des membres du CIO

 

Aujourd’hui, c’est la Russie, demain les Etats-Unis, après-demain la France, etc. Quel gâchis…Depuis plus de soixante ans, on attend sans trop y croire qu’un organisme international réellement indépendant du monde du sport mette le holà à cette mascarade.

Rappelons que la responsabilité politique des principaux dirigeants de la planète commence avec le refus de savoir.

Punchlines Dr de Mondenard

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  • Dans un but de performance athlétique, il est plus efficace de viriliser une femme (stéroïdes anabolisants) que de surviriliser un homme. Depuis plusieurs années, dans les stades d’athlétisme, les femmes sont autant épinglées par la brigade antidopage – voire plus – que les hommes. Pour mémoire, c’est dans les spécialités féminines (notamment athlétisme et natation) que grâce aux hormones mâles, l’Allemagne de l’Est avec ses Wundermädchen dominait le reste du monde.
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Epoque où elle est sous stéroïdes anabolisants

 

 

 

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Christiane Knacke quelques années après la fin de sa carrière et l’arrêt des stéroïdes anabolisants

 

  •  La caféine ou triméthylxanthine, un dopant universel consommé par les sportifs depuis plus d’un siècle, à, en 2004, sur décision de l’AMA – bras armé du CIO – disparu de la liste rouge.

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Ce retour en grâce par l’instance olympique a été motivé pour ne pas déplaire à Coca-Cola, son principal sponsor.

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Olympisme et Coca Cola, un vieux couple toujours très complice

            

 

Lutte antidopage internationale : constat de carence

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LA PREUVE PAR NEUF OU LA LABELLISATION PROPRE DES TRICHEURS TESTES NEGATIFS

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De Grenoble en 1968 à Sotchi en 2014, 38 816 tests antidopage ont été pratiqués. Ils ont révélé 150 cas positifs.

Qui peut sérieusement croire, en dehors des dirigeants sportifs internationaux, que seulement quatre athlètes sur mille sont dopés ?  [1]

En 2014, et contrairement aux discours rassurants du pouvoir sportif s’appuyant sur des statistiques trompeuses, la consommation de substances dopantes par les athlètes ne fait que croître et les méthodes utilisées pour tricher sont devenues de plus en plus performantes tout en étant très difficilement décelables.

DUBINRapport du juge indépendant Dubin, non médiatisé par le CIO et l’AMA

Le contrôle antidopage, seule arme des instances olympiques pour marginaliser le fléau qui s’étend bien sûr en dehors du monde sportif, n’est qu’un leurre faiblement dissuasif puisqu’il est toujours incapable – quarante-six ans après le début des premiers tests olympiques en 1968 à Grenoble et Mexico – de garantir l’absence de fraude. Le rapport du juge Charles Dubin, responsable de la « Commission d’enquête sur le recours aux drogues et aux pratiques interdites pour améliorer la performance athlétique », mise en place par le gouvernement canadien après la disqualification de Ben Johnson,

BEN JOHNSONBen Johnson, lauréat du 100 m des JO 1988 déchu pour test positif au stanozolol

le livre-témoignage de Charlie Francis l’entraîneur du sprinter déchu et le livre-document de Brigitte Berendonk, ex-athlète de RDA ayant eu accès aux dossiers secrets de la Stasi, ont confirmé, preuves à l’appui, que de nombreux podiums avaient été investis par des athlètes dopés.

CHARLE FRANCIS Le livre-témoignage de Charlie Francis, entraîneur de Ben Johnson

Mis à part les affidés du système, plus personne aujourd’hui ne croit que ces chiffres collent même de très loin à la réalité du dopage. De plus, il faut préciser qu’au sein de ce petit peloton des 150 sanctionnés olympiques, figurent quatre athlètes en traitement pour une affection respiratoire qui, aujourd’hui avec les seuils existants, ne seraient pas inquiétés et une cinquième bavure, encore moins admissible puisque le seul défaut de ce volleyeur japonais mis au banc de l’olympisme en 1984 à Los Angeles, était d’avoir naturellement un taux d’hormone mâle supérieur au « taux légal » du Comité international olympique (CIO). Ainsi, la lutte antidopage olympique et les multiples possibilités de se sublimer qu’elle tolère aboutit à neuf effets pervers principaux :

1 – La crédibilisation des sportifs dopés ou le « blanchiment » des médailles. Dès que l’athlète a obtenu son titre et subi le contrôle passoire, il se trouve ipso facto légitimé par le CIO. Dérive supplémentaire : on arrive au paradoxe aberrant que les athlètes spécialistes de la dope et suspectés d’en prendre, afin de couper court à la rumeur, réclament haut et fort des contrôles les plus perfectionnés possibles, sachant très bien que les risques de se faire épingler aux tests sont très faibles,

2 – L’avantage, face à la performance, des groupes d’athlètes encadrés financièrement et scientifiquement. Les substances et les procédés dopants coûtent chers et leur utilisation optimale nécessite le concours de spécialistes aguerris. Ainsi, les athlètes d’élite ont accès à toutes sortes d’informations, notamment quoi prendre et comment passer « la conscience tranquille » un test antidopage, mais les moins fortunés, qui n’arriveront pas à atteindre le même niveau, se retrouveront écartés des podiums par manque de subsides et de connaissances médico-biologiques.

3 – La suspicion du grand public à l’encontre de tout athlète réalisant un exploit. L’homme de la rue a de la peine à croire que l’on puisse être à la fois performant et « propre ».

4 – L’impossibilité pour l’athlète respectant l’éthique sportive de prouver qu’il ne prend rien. Le contrôle négatif étant toujours incapable d’affirmer l’absence de dope.

5 – L’extension du fléau se trouve particulièrement « sublimée » en raison de la quasi obligation de consommer « le fruit défendu » par ceux qui briguent les médailles olympiques et veulent devancer les « bien préparés ». Dans certaines spécialités sportives, les performances des dopés étant inaccessibles par des moyens naturels, il faut obligatoirement en prendre si l’on veut monter sur l’une des trois marches du podium. Dans ce loft de la performance, plus on tend vers le haut niveau, plus les manipulations biologiques se sophistiquent, plus la quête des médailles olympiques avec les retombées médiatiques et financières attenantes concourent à une véritable « grande école » de la triche. Cette dérive, loin d’être marginale, comme le CIO adepte de la méthode Coué, tente de le faire croire par médias-liges interposés – de grands entretiens leur sont accordés sans la moindre contradiction –  est copieusement encouragée par la présence chronique dans la liste rouge de nombreuses substances indécelables et donc sans risque de contrôle positif pour les consommateurs. Rappelons que parmi ces derniers, figure toujours l’ACTH, un secrétagogue de corticoïdes et d’anabolisants par la glande surrénale, connu depuis la fin des années 1960 et toujours consommé par les tricheurs à l’abri de tout risque de se faire épingler.

6 – La condamnation et la rétrogradation d’innocents qui, sans arrière-pensée de coup de pouce illégal, soignent un asthme, une grippe ou un refroidissement. A contrario, les pros de la dope savent ‘’se soigner’’ sans tomber dans le filet à larges mailles du contrôle.

7 – L’illusion de lutter efficacement contre le dopage en publiant des statistiques de cas positifs ridiculement faibles. Le maigre pourcentage de contrevenants épinglés ne traduit ni la peur du gendarme, ni les performances de la lutte des pouvoirs sportifs mais davantage une meilleure connaissance des substances indécelables et des programmes de préparation biochimique permettant  aux athlètes chasseurs de médailles, de podiums et de lauriers, de déjouer facilement les contrôles. Au total, s’il est parfaitement injuste de déclarer que «  tous les sportifs de haut niveau se dopent », en revanche il est licite d’affirmer qu’en dehors des fouilles de valise par la police et mis à part les imbéciles et les imprudents, « tous les sportifs peuvent se doper sans se faire prendre. »

8 – Dans l’espoir de rendre les tricheurs plus « timides », la peur du gendarme relayée par les ondes et les écrits, autrement dit la force de l’intox, fait partie intégrante de plus en plus de l’arsenal antidopage. Ainsi, on va annoncer à grand renfort médiatique qu’une nouvelle machine analytique « haute performance » va tout détecter – notamment les substances réputées indécelables –  alors qu’en réalité les responsables savent pertinemment qu’elle n’est pas encore au point ou encore que telle substance, par exemple l’hormone de croissance (hGH), est maintenant détectable alors que c’est faux en pratique. Signalons qu’aux derniers Jeux de Londres (2012) et Sotchi (2014), elle n’était pas recherchée.

9 – Résultats des courses : le pouvoir sportif étant incapable d’éradiquer, voire de maîtriser le fléau, préfère concentrer ses plus vives attaques contre ceux qui dénoncent le dopage et laisser en paix les dealers de tous poils (sorciers, gourous et médecins marron). En clair, on fait la guerre aux pompiers plutôt qu’aux pyromanes. C’est certainement beaucoup plus facile mais d’une nullité consternante.

Au total, l’inefficacité chronique de la lutte des pouvoirs sportifs et notamment du CIO et de l’Agence mondiale antidopage (AMA), nouvelle structure « indépendante » créée le 10 novembre 1999, aboutit au paradoxe pervers de faire l’apologie du dopage en récompensant des athlètes sublimés par la chimie. Où  est la différence morphologique entre les clones de Ben Johnson, les lauréats actuels des épreuves de sprint (100 et 200 m) et le Canadien vainqueur déchu du 100 m de Séoul en 1988 ?

Devant les performances exceptionnelles réalisées, visiblement inaccessibles pour un athlète normal et sain, tout le milieu sportif comprend que pour réussir, il faut tricher.

[Article écrit en mars 2014, après les JO de Sotchi]

[1] Sotchi : 2 453 tests pour 6 cas positifs = 0,24%

Lutte antidopage olympique : le zéro pointé des statistiques

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« Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges,

les sacrés mensonges et les statistiques. »

Mark Twain (USA) (1835-1910), journaliste, romancier

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La tricherie semble bel et bien admise comme une pratique normale par les autorités régissant l’olympisme. Les multiples possibilités de se doper sans se faire prendre aboutissent à un effet pervers : la crédibilisation des dopés.

Depuis longtemps – mis à part le Comité international olympique (CIO), l’Agence mondiale antidopage (AMA), les Fédérations internationales (UCI, FIFA, IAAF, ITF) – tout le monde sait que la négativité des contrôles antidopage pour clamer que l’on ne se dope pas, est un argument non recevable. Ce qui, bien sûr, est intolérable pour ceux qui jouent le jeu. On arrive ainsi au paradoxe aberrant que les athlètes spécialistes de la dope, demandent hypocritement toujours plus de contrôles sachant très bien que les risques encourus sont faibles, voire nuls pour les pros des manipulations biologiques. A chaque olympiade depuis 1968, date des premiers Jeux contrôlés, les résultats des tests antidopage sont très rassurants puisque les laboratoires « haute performance » du CIO, ne détectent que quelques cas.

Moins de 4 pour mille

Sur les 38 816 tests effectués depuis les JO d’hiver de Grenoble, seuls 150 se sont avérés positifs, soit 0,39 pour cent ! Autrement dit, moins de 4 pour mille (voir tableau détaillé des contrôles aux Jeux olympiques). Est-ce à dire que la lutte antidopage est efficace ou au contraire que les fraudeurs savent parfaitement contourner l’obstacle sans se faire prendre ?Les sportifs, dans leur majorité, sont pour les contrôles à condition d’être certains que ceux qui se dopent soient pris et sanctionnés à coup sûr. Howard Payne, sommité en haltérophilie de l’Université britannique de Birmingham, affirme à ce sujet : « La presque totalité des athlètes auxquels j’ai parlé accueillerait avec joie les examens antidoping, s’ils étaient certains qu’aucun médicament n’y échapperait. ». Malheureusement, cette certitude réclamée par les sportifs et les entraîneurs n’est toujours pas envisageable dans un avenir rapproché. Nous allons le démontrer en analysant tous les points faibles de la lutte antidopage qui expliquent clairement : « que courent toujours les hormonés, les anabolisés, les cortisonés, les transfusés, les drogués, la plupart du temps sous couvert des fédérations ».

Que les imprudents et les mal conseillés

Cet avis péremptoire prononcé un an avant les Jeux de Séoul, et toujours d’actualité, s’est vu d’ailleurs confirmé par un pionnier de la lutte antidopage olympique Sir Arthur Gold, le Président de la British Olympic Association : « Tant que le dépistage sera ce qu’il est, nous n’attraperons que les imprudents et les mal conseillés. » Durant de nombreuses années, maints produits dopants ont été consommés en toute impunité. C’est le cas entre autres des stéroïdes anabolisants, utilisés par les sportifs depuis 1954 et interdits en 1974 par le Comité International Olympique (CIO), des bêta-bloquants, employés depuis 1978 (au moins) et interdits en novembre 1985, ou de la célèbre caféine, utilisée depuis un siècle comme stimulant tous azimuts et interdite seulement en 1983 par le CIO puis autorisée à nouveau en 2004 pour ne pas désobliger Coca-Cola, l’un des sponsors principaux des valeurs olympiques.Mais de nombreux dopants, notamment plusieurs hormones naturelles, en raison de l’absence de méthode analytique validée par la communauté scientifique ou de seuil irréfutable de positivité, ne sont toujours pas recherchés lors des contrôles antidopage. Ainsi, en est-il de l’hormone de croissance (hGH) qui, tout à la fois, stimule la croissance individuelle des fibres musculaires et leur nombre (l’hGH n’était pas recherchée à Londres en 2012 ni à Sotchi en 2014), de l’hormone corticotrophine (ACTH ou Synacthène®) utilisée pour accroître la synthèse de cortisone, de la gonadoréline (hormone sécrétée par l’hypothalamus) qui déclenche la sécrétion d’hormone mâle par le testicule et de la somatostatine qui bloque la sécrétion de l’hGH et « permet » d’orienter la croissance des gymnastes. Mais aussi de la transfusion sanguine autologue (avec son propre sang prélevé, stocké et réinjecté en fonction des compétitions) qui augmente le nombre de globules rouges en facilitant l’oxygénation musculaire

Stanozolol, 25 ans après

 Par ailleurs, des substances cataloguées détectables ne l’étaient pas à coup sûr. Ainsi en novembre dernier, Hans Geyer, l’un des responsables scientifiques du laboratoire antidopage de Cologne (Allemagne), lors d’une conférence, a révélé que grâce à une nouvelle méthode de détection des stéroïdes anabolisants exogènes, 260 cas qui jusqu’alors seraient passés inaperçus, ont été testés positifs : « Maintenant nous avons une méthode plus sensible et depuis que nous l’avons lancée en novembre l’an dernier, nous avons trouvé environ 180 cas positifs au stanozolol et 80 cas positifs à l’Oral-Turinabol®, que nous n’aurions jamais détectés avant » a expliqué le scientifique.

Oral-Turinabol Oral-Turinabol : la pilule miracle des Allemands de l’Est, indécelable de 1974 à 2013

Cette méthode, qui se base sur la recherche d’un métabolite de longue durée dans l’urine, a été mise au point par le laboratoire antidopage allemand pour le volet concernant le stanozolol, le stéroïde trouvé dans les urines de Ben Johnson au terme de la finale du 100 mètres des Jeux olympiques de Séoul en 1988, et par le laboratoire de Moscou pour l’Oral-Turinabol® (dérivé de la testostérone, l’hormone mâle) le produit dopant de l’ancienne Allemagne de l’Est mis sur le marché local en 1965.

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                      Le stéroïde anabolisant qui a fait tomber  Ben Johnson aux JO 1988

Mais l’information majeure de cette avancée analytique c’est que pendant 25 ans, depuis l’affaire Ben Johnson, des centaines de sportifs plus malins que le Canadien sont passés à travers les radars de la lutte antidopage car ils savaient quand il fallait stopper la prise du fameux stéroïde anabolisant ! De même, la RDA entre 1968 et 1988 a glané 519 médailles olympiques en subissant plusieurs centaines de contrôles – tous négatifs – alors que l’ensemble des sélectionnés est-allemands absorbaient de l’Oral-Turinabol®. Tout ce petit monde peut adresser un grand merci au CIO.

Siphonner la vessie

 Nul n’a besoin d’être un grand devin pour imaginer que les sportifs olympiques puisent abondamment dans ces nombreuses substances hormonales indétectables. En outre, les moyens de tricher au contrôle ne manquent pas. Le remplacement des urines contenant le produit illicite par celles d’un tiers n’est pas aussi rare qu’on pourrait le penser. Une poire en caoutchouc ou un sachet d’urine dissimulés sous l’aisselle, dans le vagin ou le rectum sont des techniques courantes, de même que le siphonage de la vessie. Celui-ci, un peu plus sophistiqué, consiste à faire injecter de l’urine « pure » dans la vessie à travers l’abdomen ou à l’aide d’une sonde souple par voie urétrale, après avoir uriné dans un coin discret.

sans-titre (4) David Howman, directeur de l’AMA

 Le contrôle négatif n’est pas une preuve de non dopage

Dans la réalité, les faits sont souvent têtus et plusieurs exemples sont là pour démontrer sans ambages que de faire référence à la négativité des contrôles antidopage pour clamer que l’on ne se dope pas ou que tel ou tel sport est propre, n’est certainement pas un argument massue. Par exemple, de 1986 aux Jeux olympiques de Séoul (1988), soit pendant deux ans, Ben Johnson, le vainqueur du 100 mètres, contrôlé positif au stanozolol (un stéroïde anabolisant) avait subi dix-neuf tests, tous négatifs, alors qu’il suivait de fréquentes cures hormonales pendant cette même période. De même, pendant une vingtaine d’années, jusqu’à la réunification des deux Allemagne en 1990 et l’affaire du trio des Wundermädchen Krabbe-Breuer-Derr, deux athlètes d’Allemagne de l’Est – la lanceuse de poids Ilona Slupianek en 1977 lors de la coupe d’Europe et le cycliste Norbert Dürpisch à l’occasion des championnats du monde 1978 – se font prendre dans les filets du contrôle antidopage alors que « 200% » des athlètes de RDA étaient survoltés artificiellement. Le 26 août 1993, les autorités allemandes ont révélé des documents autant secrets qu’irréfutables, établissant que la police secrète d’Allemagne de l’Est, la Stasi, dirigeait et contrôlait tout le processus de la « dope » systématique commencé en 1971.

De plus, on n’effectue la plupart du temps, que des contrôles a posteriori, c’est-à-dire après l’épreuve qui, comme le soulignait Alexandre de Mérode, président de la Commission médicale du CIO de 1967 à 2002, « n’atteignent que les plus stupides et les plus imprudents. »

FLORENCE 1                          FLORENCE 2

Le recours aux produits qui « effacent » les traces de dopants en les diluant est également un moyen de tricher. Les diurétiques, qui accélèrent l’élimination du dopant, de même que le probénécide qui ralentit l’élimination de stéroïdes anabolisants étaient utilisés, depuis le milieu des années 1970, et n’ont été interdits par le CIO qu’à partir de 1987 et 1988. Mais d’autres substances ou systèmes « effaçants » plus ou moins efficaces restent disponibles. Des doses infimes de plusieurs anabolisants différents auraient un effet global sur le muscle identique à un seul dopant pris à dose plus élevée, tout en permettant l’élimination rapide de chacun des produits et leur non-détection. Le couplage d’un anabolisant avec un stimulant cardiaque, l’heptaminol, donne une grosse molécule qui filtre difficilement à travers les reins et est donc indétectable.

Des contrôles préventifs pour se jouer des tests officiels

 L’une des causes essentielles de l’inefficacité des contrôles antidopage est l’absence d’une réelle lutte internationale. En effet, de nombreux pays, pour éviter d’envoyer aux Jeux olympiques des sportifs dopés, font des contrôles préventifs avant le départ. Les différents témoignages provenant d’athlètes soviétiques et des dossiers de la Stasi (ex-police secrète de RDA) confirment que cette pratique était généralisée dans le bloc de l’Est et qu’elle a débuté vraisemblablement dès 1972, aux JO de Munich. Ce n’est qu’à partir des JO de Montréal en 1976 que ces contrôles officieux à visée prophylactique étaient principalement effectués afin de vérifier que l’arrêt de la cure d’anabolisants (prohibés en 1974) avait bien été stoppé à temps. Si l’interruption était trop tardive et qu’il persistait des résidus d’hormones exogènes, les athlètes restaient à la maison et le motif de leur forfait était au choix : une blessure, une maladie, un mariage, une grossesse etc. Anthony Daly, directeur des services médicaux des JO de Los Angeles, a confirmé dans une interview parue dans un quotidien sportif, cette pratique des contrôles officieux destinés à planifier l’utilisation des dopants de l’entraînement : « Certains pays sont équipés d’un matériel sophistiqué qui leur permet de procéder à des contrôles de leurs sélectionnés avant les compétitions officielles. Les « positifs » seront écartés systématiquement et la sélection présente aux JO échappera à toute punition. Il aura suffi d’établir un calendrier de l’utilisation de certaines drogues et d’en arrêter l’absorption suffisamment à l’avance. Pour les pays « pauvres », qui n’ont pas d’équipement antidopage, ces contrôles sont impossibles et leurs représentants risquent d’être pris en flagrant délit alors qu’ils ne seraient pas plus coupables que ceux qui auraient été au préalable soumis à un précontrôle. »

Le seul moyen de prévenir cette escalade serait d’étendre les contrôles antidopage aux entraînements. Pour Anthony Daly, la solution n’est pas simple : « Pour mettre sur pied un programme mondial de contrôle, nous nous heurtons avant tout à des problèmes politiques. C’est aussi difficile que d’obtenir des pays du monde qu’ils réduisent leur armement. »

Hors compétition, la Norvège innove

 En 1977, la Norvège a été la première nation à instaurer de façon systématique des contrôles hors compétition. En 1988, onze ans plus tard, 75% de l’ensemble des tests effectués dans ce pays scandinave l’étaient à l’improviste. Or, les contrôles vraiment inopinés donnent sur les seules substances détectables, environ 10 à 30 % de cas positifs. Les tests de dépistage effectués a posteriori à la suite des épreuves olympiques sont, eux, loin de ces résultats. Ainsi, les treize Jeux olympiques d’hiver ayant eu lieu entre 1968 (Grenoble) et 2014 (Sotchi) n’ont eu officiellement que 0,27 % de cas positifs (28 cas sur 10 217 analyses) et les douze Jeux d’été, de Mexico à Londres, que 0,43 % (122 positifs sur 28 599 analyses).

De surcroît, si l’on considère le coût faramineux – 27 millions d’euros – des installations antidopage de Sotchi (construction du laboratoire et équipement analytique), on ne peut que constater que c’est beaucoup d’argent pour des résultats somme toute très modestes.  Les patrons d’une entreprise qui auraient un tel bilan seraient rapidement priés d’aller exercer leurs « talents » ailleurs. En effet, ils sont soient incompétents ou n’ont pas les coudées franches pour aboutir. Dans les deux cas, ils doivent passer le témoin. Lorsqu’on sait comment fonctionnent les élections au sein de l’olympisme, il est douteux que les choses changent rapidement.

Et au lieu de la devise olympique : « Plus vite, plus haut, plus fort » (Citius, Altius, Fortius) du Père Didon, il faut dorénavant proclamer « Toujours plus de triche, plus de dopage, plus d’argent ».

Un grand merci au CIO pour la promotion de ces belles valeurs !

 (*) en 2013, le budget de l’AMA était de 19 millions d’euros et celui de l’AFLD de 7 millions

 Article écrit le 17 mars 2014 après les Jeux olympiques de Sotchi.

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