Corticoïdes – 21 ans de retard à l’allumage entre leur interdiction en 1978 et leur détection en 1999. On attend toujours que les responsables de ce mastic – encore en place – donnent enfin leurs démissions…

Par défaut

Indétectables pendant de nombreuses années (de 16 à 20 ans suivant la date du témoignage), ces substances très prisées du peloton n’étaient combattues que… par des effets d’annonce sans aucune efficacité sur leur limitation d’usage. Signalons que ces stimulants-euphorisants étaient, dès 1980, détectés en milieu hippique.

 Bien qu’interdits par l’Union cycliste internationale (UCI) en 1978, les corticoïdes ne seront détectables qu’en 1999, soit un silence analytique de 21 ans. La lutte antidopage officielle se comporte comme les sportifs tricheurs en adoptant la tactique qui consiste à prêcher le faux pour tromper les candidats-fraudeurs.

En annonçant que telle ou telle substance dopante va être incessamment détectable, les instances antidopage espèrent en freiner la consommation en provoquant la peur du gendarme. Dans un milieu aussi bien renseigné que le sport de haut niveau, dès qu’un concurrent cortisoné franchissait victorieusement un contrôle entre 1978 et juillet 1999, il informait toute la planète des enceintes athlétiques que la substance passait toujours à travers les larges mailles des machines analytiques. En revanche, le premier sportif épinglé alerte illico ses pairs que les corticoïdes doivent être écartés absolument de la pharmaco du candidat au dopage. Rappelons que pour un sportif, une substance dopante n’a d’intérêt que si elle est à la fois performante et indécelable.

Afin d’illustrer la tactique ‘’effets d’annonce’’ des antidopeurs, nous avons listé ci-dessous quelques citations d’oracles peu inspirés et d’un directeur du Tour de France sérieusement amnésique.

 Effets d’annonce : décelables prochainement…

 Interdits en 1978 mais seulement décelables officiellement en 1999

 Jean-Pierre Lafarge (FRA), Directeur du laboratoire national de dépistage du dopage de 1989 à 1997 : « Le problème des corticoïdes existe vraiment mais sur le plan analytique nous sommes très près de pouvoir les cerner. »  [L’Équipe, 03.07.1989]

(NDLR : en réalité, les corticoïdes ne seront décelables qu’à partir du Tour de France 1999, soit 20 ans après la prévision optimiste du directeur du laboratoire français)

 

lafarge

Jean-Pierre Lafarge, directeur du laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD) de 1989 à 1997

 

 Jean-Marie Leblanc (FRA), directeur du Tour de France de 1989 à 2006 : « J’ai fait mon premier Tour de France en 1968 avec de l’Ergadyl®, un cocktail vitaminé, une vraie broutille. En 1970, j’ai fait mon deuxième Tour sur le même mode. Mais là, j’ai vu arriver des produits comme les corticoïdes. Au moins étaient-ils décelés. »  [Le Figaro, 01.08.1998]

(NDLR : c’est seulement en 1999 – 30 ans plus tard – que les corticos seront détectables)

 

leblanc

Le Français Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France de 1989 à 2006

Alexandre de Mérode (BEL) (1934-202), président de la CM-CIO de 1967 à 2002 :

1. « La méthode permettant de déceler les corticoïdes sera au point en 1982. « [Racing, 1981, n° 376, novembre, pp 21.33 (p 23)]

(NDLR : en réalité, en 1999, soit 17 années plus tard)

2.    » Il y aura toujours des zones dans lesquelles nous douterons et nous ne pourrons pas agir. Ainsi, en est-il des transfusions sanguines que nous ne pouvons déceler avec certitude. Ainsi également des corticostéroïdes que nous ne pouvons isoler avec une certitude scientifique sans faille, alors que nous en connaissons les utilisateurs (…) Le professeur Raymond Brooks travaille actuellement sur ces produits; il se pourrait qu’il aboutisse assez rapidement; d’ici à trois ans, nous devrions avoir, là aussi, franchi un cap décisif.  » [L’Équipe, 16.05.1983]

(NDLR : en réalité, ils seront détectables en janvier 1999, soit 16 années après les prévisions de de Mérode)

 

de-merode

Le Belge Alexandre de Mérode, président de la commission antidopage du CIO de 1967 à 2002

Dr Philippe Miserez (FRA), médecin du Tour de France de 1970 à 1981 : « Si je n’obtiens pas l’assurance que les corticoïdes seront recherchés lors des contrôles antidopage du prochain Tour, je présenterai ma démission. »   [Paris-Match­, 26.11.1978, p 112)

(NDLR : les corticos ne seront détectables qu’en 1999 – 21 ans plus tard – et le médecin-chef fera quand même deux Tours de France de plus)

 

miserez

Le Français Philippe Miserez, médecin-chef du Tour de France de 1972 à 1981; ici, sur le Tour 1976 auprès de Bernard Thévenet, un célèbre patient en difficulté

 

 

 

Punchline Dr de Mondenard

Par défaut

50

Une infiltration de glucocorticostéroïdes dans l’environnement immédiat d’une compétition sportive (match de rugby, foot, athlétisme, course cycliste…) sans repos associé n’est pas une thérapeutique mais une médicalisation de la performance. Dans ce cas, les risques sanitaires sont nettement majorés. Depuis 2011, deux fédérations internationales (celles de l’aviron et du cyclisme) privilégient la santé des concurrents en interdisant les injections quelles qu’elles soient  en période de compétition (infiltrations comprises).

 

infiltration

Exit les  »fléchettes » en compétition

 

 

Les corticoïdes injectés localement pour une compétition, sont en liste jaune depuis 2015

Par défaut

ama

L’Agence mondiale antidopage (AMA), depuis sa main mise sur la liste rouge en 2004, a instauré dans le même temps une liste jaune dans une rubrique intitulée : Programme de surveillance que l’instance mondiale légitime ainsi : « Le Code mondial antidopage (4.5) spécifie que « l’AMA, en consultation avec les autres signataires et les gouvernements, établira un programme de surveillance portant sur d’autres substances ne figurant pas dans la Liste des interdictions, mais qu’elle souhaite néanmoins suivre pour pouvoir en déterminer les indices de mésusage dans le sport. »

 

infiltration

Des injections sur la sellette

 

Ainsi, chaque année, sont incluses dans la liste de surveillance différentes substances. Depuis 2012, sont en ligne de mire, les glucocorticoïdes mais seulement hors compétition (toutes voies d’administrations, infiltrations comprises). En revanche, depuis 2015, en compétition, l’ensemble des voies locales – périarticulaires et articulaires comprises (connues sous le nom d’infiltrations) – sont dans l’œil du viseur.

Tous ces ajouts dans le programme de surveillance démontrent bien que l’AMA n’est pas insensible à la dérive galopante des infiltrations.

Rappelons le fameux meldonium, médicament russe destiné aux cardiaques et consommé dans un but de performance par les athlètes, avait figuré en 2015 en et hors compétition sur le fameux Programme de Surveillance pour être officiellement inscrit en liste rouge au 1er janvier 2016. Dans les mois suivants, un nombre conséquent de sportifs russes ont été épinglés par la patrouille dont la championne de tennis Maria Sharapova.

programme-ama

Corticoïdes – Le ministre des Sports, un expert en  »tout et n’importe quoi »

Par défaut

Patrick Kanner donne son avis  sur les indications thérapeutiques des corticoïdes sans avoir aucune légitimité pour le faire. Une dérive de plus de la médiatisation

 

kanner

Patrick Kanner, ministre des Sports depuis le 26 août 2014

Sous le titre « Les corticoïdes, ça peut être utile », Patrick Kanner le ministre des Sports de Manuel Valls, donne son avis « d’expert médical » sur les indications thérapeutiques des corticoïdes. Résumons : il n’est pas médecin, n’a jamais fait d’études sur les corticoïdes ni prescrit à qui que ce soit ce genre de médicament et pourtant… il cause !

depeche

Dépêche Agence France-Presse (AFP), 12 octobre 2016

En le lisant, on a vraiment l’impression d’assister à l’émission des chansonniers : « La revue de presse » sur Paris-Première dans laquelle Thierry Rocher, l’un des intervenants, est régulièrement présenté comme « expert en tout et n’importe quoi ». Mais là c’est pour faire rire le public !

Que Kanner s’exprime sur le sport à l’école, la formation des cadres, le financement des infrastructures, OK ; mais qu’il donne son avis sur les corticoïdes, une famille de médicaments complexes et à risques, cela démontre bien la dérive de la médiatisation des politiques qui se croient autorisés à répondre « sur tout et n’importe quoi ».

 

rocher

L’humoriste Thierry Rocher, accompagné de son célèbre tableau, pour ses démonstrations sur « tout et n’importe quoi »

En réalité, Kanner pourrait postuler pour remplacer à l’occasion Thierry Rocher mais ce n’est pas sûr qu’il soit autant applaudi…

 

Infiltrations dans l’environnement immédiat d’une compétition sportive : ce n’est pas de la médecine, c’est du dopage !

Par défaut

Des témoins à charge

 Y-a-t-il une différence entre prendre des amphétamines afin de stimuler le corps fatigué à aller plus loin et la méthode des infiltrations ? Aucune !

Dans les deux situations, on pousse l’organisme au-delà de ses aptitudes, qu’elles soient physiologiques ou mécaniques, on l’expose à des risques aggravés.

POST-IT – Injections dans l’environnement immédiat d’un match. En 1998, l’International Rugby Board – l’organisme international qui gère le rugby à XV et à VII – (désormais World Rugby depuis 2014), était contre.

IRB – Règlement 13 – Médical :

13.1.4 – Tout joueur incapable de prendre part à un match sans l’administration d’un produit ou des injections pour soulager la douleur ou une maladie sérieuse, doit être considéré inapte à jouer.

Pr François Bonnel (FRA), chirurgien orthopédique au CHU-Hôpital Lapeyronie à Montpellier (Hérault) : « Il a été prouvé expérimentalement que les corticoïdes modifiaient le métabolisme et la structure de la fibre de collagène, entraînant une fragilité accrue aux contraintes mécaniques (…) Il faut proscrire des infiltrations locales de corticoïdes qui accélèrent le processus dégénératif et peuvent entraîner des ruptures. » [Panorama du Médecin, 16.04.1985]

Clément Grenier (FRA), footballeur professionnel depuis 2008 : « En fait, la vraie problématique reste ce staphylocoque (bactérie contractée lors d’une infiltration effectuée il y a un an) qui me gêne encore. Un muscle, un os, on arrive à trouver des solutions pour le guérir : là, non. » [L’Equipe, 06.03.2015]

Laurent Guelezec (FRA), entraîneur national des gymnastes hommes : « Danny Rodriguez souffre d’une fissure du biceps depuis deux ans (il avait été opéré en janvier 2010), on savait que ça pouvait arriver, admet le coach. Soit on réparait l’épaule et il n’allait pas aux Jeux, soit on la soignait avec des infiltrations dont on sait que ce n’est pas bon pour les tendons. C’était un pari que le gymnaste et l’encadrement avaient accepté en conscience. » (épilogue : rupture du tendon du biceps et forfait pour les Jeux olympiques de Londres)  [L’Équipe, 28.06.2012]

 Cyrille Guimard (FRA), cycliste professionnel de 1968 à 1976, puis directeur sportif : « La grande erreur fut, pendant le Tour 1972, de me faire subir des infiltrations au lieu de m’obliger à abandonner car c’est dans les toutes dernières étapes que j’ai courues que se sont créées, au niveau des tendons, des lésions et des traumatismes irréversibles. »  [in « Un vélo dans la tête » (avec Bernard Pascuito). – Paris, éd. Solar, 1980. – 192 p (p 146)]

 

guimard

Cyrille Guimard, cycliste professionnel de 1968 à 1976

 

Dr Jean-Pierre de Mondenard (FRA), médecin du sport depuis 1973 : « De nombreux exemples confirment que la pratique des infiltrations est régulièrement vouée à l’échec. Ainsi, ce hurdler français victime de problèmes aux adducteurs ayant subi ONZE infiltrations par le staff médical tricolore et qui doit stopper en demi-finale olympique en 1988. Il doit attendre plusieurs mois avant de fouler à nouveau les pistes. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Dr Don O’Donoghue (USA), médecin du sport : « Les tendons sont peu irrigués. L’injection de corticoïdes y interrompt la circulation sanguine, et les tissus meurent. Rien d’étonnant à ce que le tendon ne se déchire ensuite au premier effort. » [in « La médecine sportive. Prévention – entraînement – alimentation – soins » de Gabe Mirkin .- Montréal (CAN), les Éditions de l’Homme, 1981 .- 322 p (p 296)]

Pacho Rodriguez (COL), cycliste professionnel de 1984 à 1988 : Lors de la course par étapes le Dauphiné Libéré, le Colombien Pacho Rodriguez est en conflit avec ses genoux. Le journal L’Équipe témoigne : « Col de Rousset – Traversée de Grenoble, la radio de la course lance le message suivant : Le 101 réclame le médecin. Le 101 c’est Pacho Rodriguez, le maillot jaune. Il commence son calvaire. La veille, en descendant de vélo, il a dit à un confrère colombien : « J’ai mal aux genoux ». Dimanche matin, les articulations n’en peuvent plus. En vingt kilomètres, le toubib lui fera quatre infiltrations.  L’homme est à bout. Finalement, juste avant d’attaquer l’horrible côte de la Morte, Rodriguez mettra les pouces. » [L’Équipe, 04.06.1984]

Ronaldo (BRE), footballeur : Commentaire du Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport français depuis 1973 : « Autre ratage célèbre : le 12 juillet 1998, en passant à travers sa finale contre la France, l’attaquant brésilien Ronaldo, apparaît comme une énième victime des infiltrations. Souffrant des genoux depuis le début du mondial, le corps médical de la Selesao, lui faisait régulièrement des infiltrations pour pouvoir jouer malgré son handicap. On a vu le résultat les deux années suivantes. Peu de matches joués et surtout rupture partielle du tendon rotulien droit, une première fois en novembre 1999, et rupture totale quelques mois plus tard en avril 2000, blessure exceptionnelle chez un footballeur. Dans le cas de Ronaldo, ses genoux refusaient de jouer mais son entourage le voulait sur le terrain. Alors, on injecte et peu importe l’avenir immédiat ou à long terme des articulations et des tendons rétifs. » [Dr Jean-Pierre de Mondenard. – Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

 

ronaldo

Le Brésilien Ronaldo dit Il Fenomeno

 

Guy Roux (FRA), entraîneur de l’AJ Auxerre de 1961 à 2005 : « Ce dernier confirmait en 1990 que la pratique des infiltrations était un leurre : « Philippe Vercruysse, Abedi Pelé, Dragan Stojkovic, ont payé les piqûres qui leur ont été faites pour pouvoir jouer en Coupe d’Europe. Ça ne pardonne pas. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Jean Wadoux (FRA), spécialiste des 1 500 et 5 000 m (34 sélections internationales entre 1962 et 1971), fut l’un des premiers athlètes à évoquer ce danger lorsqu’il se rendit compte il y a quatre ans (1971) que le mal empirait par la faute de la cortisone : « La cortisone possède des vertus anti-inflammatoires qui ne sont pas ignorées dans le domaine de l’athlétisme où il est arrivé fréquemment que l’on soigne les tendinites par une injection au niveau du tendon malade. Or, un médecin américain, le Dr Robert Kerlan, estime que beaucoup d’accidents sérieux se sont produits par la faute de la cortisone. Celle-ci, en apaisant les douleurs, peut donner à l’athlète la sensation que son tendon est guéri. Plus de mal. Reprise d’activité. C’est là que l’accident très grave peut intervenir parfois. » [L’Equipe, 15.05.1975]

 

corticos

Terminologie

Dans le langage sportif, le terme corticoïde ou « cortico » est synonyme de glucocorticoïdes, lequel regroupe l’ensemble des hormones sécrétées par la zone moyenne dite fasciculée de la corticosurrénale (cortisone, hydrocortisone ou cortisol…), de leurs dérivés et, par extension, de leurs dérivés dits synthétiques car fabriqués par les laboratoires pharmaceutiques (prednisone, bétaméthasone, triamcinolone…). La zone réticulée la plus interne de la corticosurrénale sécrète des stéroïdes sexuels (synonymes de stéroïdes anabolisants), essentiellement et ce, chez l’homme comme chez la femme, une petite quantité d’androgènes dont la nature est différente de celle de la testostérone testiculaire. Si la surrénale sécrète à la fois des glucocorticoïdes et des stéroïdes anabolisants, elle sécrète aussi d’autres hormones : aldostérone (à la périphérie la plus externe de la glande), adrénaline et noradrénaline (par la partie centrale dite médullaire).

UCI – Huit jours de mise à pied obligatoire

Les corticostéroïdes, anti-inflammatoires efficaces, sont prohibés en pratique sportive pour leurs effets euphorisants et stimulants. Ils sont prescrits en médecine sportive pour soigner des problèmes de l’appareil locomoteur (tendinites…) Mais ils sont constamment voués à l’échec si, par exemple, on se fait injecter des corticos pendant une course par étapes et que l’on continue à pédaler. Puisque le geste de plier les genoux à l’infini va entretenir le mal.

Depuis juin 2011, l’Union cycliste internationale (UCI), a déjà réglementé cette situation en imposant un repos de quarante-huit heures après toute injection de ce genre, obligeant dans une course par étapes le coureur ayant subi ce type de traitement à abandonner. Le 11 février 2013, l’instance fédérale a durci sa réglementation en allongeant à huit jours la durée de l’arrêt de course après une injection de corticoïdes à des fins thérapeutiques. Le repos du geste douloureux étant le meilleur anti-inflammatoire, il est contraire à l’éthique médicale de pratiquer de telles injections au décours d’une épreuve cycliste notamment par étapes ainsi que dans les jours précédents une compétition sportive, quelque soit la spécialité et ce même si l’athlète est demandeur.

Pour une fois, l’UCI se préoccupe de la santé de ses licenciés…

Stéroïdes à contresens

 Dans la pharmacopée, il existe deux types de stéroïdes : les corticoïdes ou glucocorticoïdes et les stéroïdes anabolisants. En France, implicitement, le terme stéroïde est synonyme d’anabolisant. Afin de ne pas s’exposer à un contresens, cet amalgame mérite d’être dénoncé. Régulièrement, dans la presse, on constate la confusion entre glucocorticoïdes (cortisol, cortisone, …) et stéroïdes anabolisants (testostérone, nandrolone, stanozolol,…) qui sont tous les deux des stéroïdes. Les premiers sont des anti-inflammatoires puissants qui bloquent un processus général réactionnel de tout ou partie de l’organisme à une agression, qu’elle soit chimique, physique (tendinite), bactérienne (angine) ou virale alors que les stéroïdes anabolisants agissent sur la croissance des tissus d’où le terme anabolisant (ils construisent le corps). Donc, leurs effets sont diamétralement opposés. Ainsi, lorsqu’on parle de stéroïdes sans autre précision, on définit des groupes d’hormones (génitales et corticosurrénales) dont la formule chimique dérive de la famille des stérols qui sont formés à partir du cholestérol.

Dans le dopage, on distingue les glucocorticoïdes qui sont interdits uniquement en compétition et qui peuvent bénéficier d’une justification thérapeutique, les sanctions sont variables. De leur côté, les stéroïdes anabolisants dont le chef de file est la testostérone (hormone mâle) sont prohibés pendant et hors compétition avec des sanctions non modulables. Au final, lorsqu’on écrit stéroïdes sans précision, surtout à propos du dopage, on n’est pas très explicité sur la nature du produit. D’où l’intérêt de singulariser le stéroïde impliqué dans tel ou tel cas de sportif contrôlé positif. C’est comme lors d’un commentaire radiophonique de match de foot opposant l’OM au PSG si le journaliste parle des joueurs sans préciser à quel club ils appartiennent – en dehors des initiés – les auditeurs seront rapidement largués.

Infiltrations articulaires et périarticulaires de glucocorticoïdes – Chronologie de la réglementation : les étapes

Par défaut

uci             sans-titre                   ama

Depuis 2011, en compétition sportive, les injections articulaires et périarticulaires ne nécessitent plus aucun document préalable telle qu’une autorisation d’usage à des fins thérapeutiques).

En revanche, dans le milieu hippique, la règle antidopage est conforme à l’éthique des soins puisqu’un cheval blessé ou malade reste au pré le temps du traitement et ne peut participer à aucune compétition sous médication, quelle que soit la voie d’administration.

 1984 – Liste CIO – Simple mise en garde pour l’ensemble des voies d’administration

Recommandations pour les Jeux olympiques de Los Angeles : « Ces hormones se trouvent à l’état naturel dans le corps humain, donc à l’état endogène, et peuvent également être administrées par voies médicamenteuses exogènes. Contrairement à ce qui s’est passé avec la testostérone, la différentiation des substances endogènes et des substances exogènes n’a pas encore été possible en laboratoire mais les recherches sont arrivées à un point où il sera possible de la réaliser dans un avenir probablement proche (NDLR : premiers contrôles en 1999, soit 15 ans après cette déclaration de la Commission médicale du CIO !). Ces substances ne sont donc pas reprises dans la liste des substances prohibées par la Commission médicale du Comité international olympique (CM-CIO). Cette liste doit être faite trois ans avant les Jeux olympiques afin de permettre aux laboratoires accrédités de prendre toutes les mesures nécessaires. Cependant, vu les graves dangers de la prise de corticostéroïdes, la CM-CIO met en garde les athlètes contre cette pratique qu’elle condamne de la façon la plus formelle. » [Dr Albert Dirix. – Medical Guide. – Lausanne, éd. Comité international olympique, 1984. – 47 p (pp 13-14)]

infiltration

 1987 – Liste CIO / UCI

Tout médecin d’équipe désirant administrer des corticostéroïdes à un concurrent par voie intra-articulaire ou en application locale doit, avant la compétition, en informer par écrit la commission médicale du CIO ou de l’UCI.

 

1

Hydrocortancyl injectable 2,5 mg

 

 1991 – Liste MJS (avril) (établie sur la base de l’arrêté du 3 janvier 1991)

Apparition de la mention J (justification thérapeutique). Les infiltrations sont interdites et ne bénéficient pas de la mention J.

 2003 – Liste CIO, UCI, MJS (arrêté du 31.07.2003)

Les infiltrations ne sont pas interdites mais, lorsque le règlement d’une autorité responsable le prévoit, une notification peut s’avérer nécessaire.

 2004 – Liste AMA

Les infiltrations nécessitent une notification médicale justifiant le traitement [Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT)]

 2005 – Liste AMA

Glucocorticoïdes – Toute autre voie (infiltration intra-articulaire, péritendineuse) nécessite une autorisation d’usage à des fins thérapeutiques abrégée.

 

3

Altim injectable 3,75 mg

 

 2011 – Liste AMA

Les infiltrations périarticulaires et intramusculaires ne sont pas interdites et ne nécessitent aucun document préalable.

S9 Glucocorticoïdes : la section reste inchangée au regard de la Liste 2010 pour ce qui est des voies d’administration des glucocorticoïdes. Une supervision constante quant à l’usage de ces substances continue d’être exercée. Les travaux de développement de niveaux seuils pour détecter et mieux rapporter ces substances sont en cours. Il est anticipé que d’autres modifications seront apportées à cette section dans un proche avenir. Les références à la « déclaration d’usage » et à « l’autorisation d’usage à des fins thérapeutiques » ont été supprimées.

 2011 – Liste UCI Encadrement des infiltrations

L’Union cycliste internationale (UCI) a récemment validé plusieurs mesures originales de lutte contre le dopage, notamment l’encadrement des infiltrations : « Chaque coureur dont l’état de santé nécessite une infiltration de cortisone devra se voir prescrire dans la foulée une période de repos obligatoire de quarante-huit heures. Cette décision n’est pas novatrice, elle se rapproche des règles de bonnes conduites médicales que s’imposent les équipes membres du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible), lesquelles s’engagent à laisser au repos chaque coureur infiltré durant huit jours. Sur une épreuve comme le Tour, la décision de l’UCI n’est pas neutre puisque chaque coureur ayant subi ce genre de soins devra quitter l’épreuve. » [L’Équipe, 25.06.2011]

 

kenacort

Kenacort injectable 40 mg

 

 

 2012 – Liste AMA

Tous les glucocorticoïdes sont interdits lorsqu’ils sont administrés par voie orale, intraveineuse, intramusculaire ou rectale. Les voies intra-articulaire et périarticulaire ne sont pas prohibées et ne nécessite pas d’AUT.

 2013 – Liste UCI Huit jours de mise à pied obligatoire

« Les corticostéroïdes, anti-inflammatoires efficaces, sont prohibés en pratique sportive pour leurs effets euphorisants et stimulants. Ils sont prescrits en médecine sportive pour soigner des problèmes de l’appareil locomoteur (tendinites…) Mais ils sont constamment voués à l’échec si, par exemple, on se fait injecter des corticos pendant une course par étapes et que l’on continue à pédaler. Puisque le geste de plier les genoux à l’infini va entretenir le mal.

Depuis juin 2011, l’Union cycliste internationale (UCI), a déjà réglementé cette situation en imposant un repos de quarante-huit heures après toute injection de ce genre, obligeant dans une course par étapes le coureur ayant subi ce type de traitement à abandonner. Le 11 février 2013, l’instance fédérale a durci sa réglementation en allongeant à huit jours la durée de l’arrêt de course après une injection de corticoïdes à des fins thérapeutiques. Le repos du geste douloureux étant le meilleur anti-inflammatoire, il est contraire à l’éthique médicale de pratiquer de telles injections au décours d’une épreuve cycliste notamment par étapes ainsi que dans les jours précédents une compétition sportive, quelque soit la spécialité et ce même si l’athlète est demandeur.

Pour une fois, l’UCI se préoccupe de la santé de ses licenciés… »

[Dr Jean-Pierre de Mondenard – BLOG : dopagedemondenard.com, 15.12.2015]

 2017 – Liste AMA (libellé inchangé)

Tous les glucocorticoïdes sont interdits lorsqu’ils sont administrés par voie orale, intraveineuse, intramusculaire ou rectale. Les voies intra-articulaire et périarticulaire ne sont pas prohibées et ne nécessite pas d’AUT.

 Légende des différents siglesCIO : Comité international olympique;  UCI : Union cycliste internationale;  MJS :       Ministère de la Jeunesse et des Sports (France);  AMA : Agence mondiale antidopage

 Corticoïdes – Pour info, j’avais déjà traité le sujet concernant le flou et l’ambiguité de la réglementation

figaro

 

Doit-on retirer le titre de lauréat du Tour 2012 à Bradley Wiggins pour Autorisation d’usage thérapeutique (AUT) de complaisance . Explications

Par défaut

 

Il a reçu des injections de corticoïdes (triamcinolone) – substances prohibées par le Code mondial antidopage – au prétexte qu’il serait asthmatique.

En réalité, et classiquement, cette affection respiratoire chronique est traitée par des corticoïdes inhalés ou en comprimés et non par la triamcinolone injectable invoquée.

 

wiggings

Bradley Wiggins, vainqueur du Tour de France 2012

Des hackers russes ont piraté les fichiers de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et publié les données de nombreux athlètes de premier plan ayant participé aux Jeux de Rio en août dernier. On apprend ainsi que sous couvert d’Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT), ces sportifs pouvaient prendre des produits dopants en toute légalité. Rappelons que ce système a été mis en place au début des années 2000 afin que des athlètes ayant une affection plus ou moins chronique puissent se soigner avec des produits figurant dans la liste rouge dans la mesure où il n’existe aucun traitement alternatif efficace non prohibé.

Sauf que les AUT étant sous le contrôle des Fédérations (nationales et internationales) et de l’AMA – des instances qui n’ont jamais démontré qu’elles étaient réellement indépendantes – poussent à la triche. Pour cette raison, le cas de Bradley Wiggins dénoncé par un groupe de hackers, interpelle le médecin que je suis.

 

wig-equipe

L’Equipe, 18..2016

 

 Un traitement de l’asthme spécial Tour de France totalement inapproprié

Dans L’Equipe du 18 septembre, on apprend que Wiggo a reçu des injections d’un corticoïde interdit – la triamcinolone – pour traiter un asthme avant les Tours 2011, 2012 et le Giro 2013. Pour se justifier, le cycliste britannique explique que : « l’injection de triamcinolone est un traitement intramusculaire pour l’asthme approuvé par les autorités sportives » et qu’il avait une AUT pour ce motif.

Sauf que la triamcinolone en intramusculaire n’est pas le traitement de l’asthme  mais de la rhinite allergique  ainsi que de problèmes rhumatologiques ce qui bien sûr n’est pas la même chose.

Rappelons que l’asthme est lié au spasme, à la congestion et à l’hypersécrétion des bronches. Rien à voir avec l’inflammation de la muqueuse des fosses nasales.

Donc, la triamcinolone connue en France sous le nom de Kenacort retard® n’est pas le bon traitement de l’asthme ; en revanche ce corticoïde pris par voie intramusculaire est un dopant très prisé par le peloton cycliste mais malheureusement pour eux détectable depuis 1999 d’où les AUT qui fleurissent en nombre.

Autre étonnement, on apprend que ce traitement « antiasthmatique » n’a été autorisé que pour les Tours 2011, 2012 et le Giro 2013.

Si on comprend bien, Wiggo a été asthmatique à trois reprises et à chaque fois seulement pendant quelques semaines… avec des injections intramusculaires de triamcinolone surtout destinées à soigner… une rhinite allergique !

En lisant les points de vue de Jérôme Chiotti, David Millar et Philippe Gaumont, vous comprendrez, chers lecteurs, qu’il faut être vraiment naïf pour croire à cette fable. Et pourtant, l’UCI (Union cycliste internationale) et l’AMA (Agence mondiale antidopage) n’y ont vu que du feu.

Au final, se pose la question : doit-on retirer le maillot jaune de vainqueur du Tour 2012 à Bradley Wiggins ?

 Triamcinolone injectable : point de vue de trois consommateurs cyclistes qui confirment que c’est un produit dopant performant

 A – Jérôme Chiotti, cycliste professionnel de 1994 à 1997, passé aux aveux  en avril 2000

 

chiotti

Jérôme Chiotti

 

  1. « C’est trois jours avant Paris-Nice, en 1994, pour ma première année pro chez Catavana que je me suis injecté mon premier corticoïde, un Kenacort 80® (triamcinolone) retard. A ce moment-là, personne ne s’inquiétait de savoir si le coureur en avait vraiment besoin ou pas. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

2.  « Le Kenacort 80® (triamcinolone) je me l’étais procuré chez le pharmacien du coin. C’est un équipier qui me l’avait conseillé amicalement : « Si tu veux suivre gamin, c’est le minimum ». Cent pour cent de l’équipe fonctionnait aux « corticos », des néo-pros aux plus anciens. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

3.  «  J’ai acheté des seringues à insuline. Il faut un peu se contorsionner pour se piquer seul au bon endroit dans la fesse. Mais il suffit de l’avoir vu faire une fois pour se débrouiller. Comme il s’agit d’un médicament à effet retard, plus les journées passaient sur Paris-Nice, plus les charges de travail augmentaient et mieux je me sentais. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

4.  « Utilisé à des fins médicales, le Kenacort retard® (triamcinolone) est réputé être actif pendant trois semaines. C’est ce qui en fait « le » produit idéal pour le Tour de France.» [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

5.  « Il n’est pas conseillé d’en faire plus de deux par saison, sous risque de se « cramer ». J’ai vu des coureurs en faire six, voire sept, en pure perte. En ce qui me concerne, je m’étais injecté la moitié de la dose trois jours avant Paris-Nice, puis l’autre moitié en milieu de semaine. J’avais renouvelé l’expérience sur le Midi Libre. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

6.  « Les corticoïdes, ça file la pêche ; ça permet d’aller au-delà de ce qu’on peut faire. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

 B – David Millar, cycliste professionnel de 1997 à 2014, passé aux aveux en 2004

 

david-millar

David Millar

 

1.  Avant de tomber dans le cadre de l’affaire Cofidis, l’Ecossais David Millar avoue qu’il a lui-même obtenu une AUT pour un motif infondé : « Si tu voulais être dans le système, tu jouais et moi j’ai joué. J’utilisais de la Ventoline® (salbutamol). Je croyais que j’avais de l’asthme parce que j’avais des problèmes de bronchite mais depuis j’ai fait des tests et je n’ai rien. Comme tu crois que cela te donne un avantage, alors tu en prends. Maintenant, je n’ai plus rien dans mon carnet médical. » [Le Parisien, 04.10.2006]

2.  Tout n’est pas réglé non plus. On parle du retour des corticos… « Ça m’inquiète beaucoup. C’est tellement facile, les corticos (certaines voies d’administration de ces anti-inflammatoires sont autorisés, d’autres non). J’en ai pris. Et, pour moi, c’est ce qui faisait le plus de différence. Presque plus que l’ÉPO. »[L’Equipe Magazine, 2012, n° 1563, 30 juin, p 12]

3.  Pourquoi ? « Ça t’assèche. Aujourd’hui, c’est un miracle si j’arrive à descendre sous les 77 kilos. Une injection de Kenacort® (triamcinolone) et je suis à 75 après une semaine, dix jours ! Tu t’imagines le niveau de performance. Deux kilos à ce niveau-là, c’est énorme. Et en course, ça te rend plus fort. La première fois que j’en ai pris après la Vuelta 2001, c’était sur un chrono. J’avais tellement de force que tous mes tendons me faisaient mal. » [L’Equipe Magazine, 2012, n° 1563, 30 juin, p 12]

 C – Philippe Gaumont, cycliste professionnel de 1994 à 2004, passé aux aveux en 2004

 

gaumont

Philippe Gaumont

 

Témoignage de Philippe Gaumont, licencié de l’équipe Cofidis : « Il n’y a pas de produits masquants, seulement des « ordonnances masquantes ». Pour la cortisone ou les corticoïdes, il suffit d’avoir une bonne justification thérapeutique pour que les contrôles positifs deviennent négatifs. Voilà comment ça se passe : le médecin de l’équipe t’envoie voir un allergologue, c’est obligatoire. Celui-ci constate que tu es sensible aux acariens et te prescrit un spray. On avait la consigne à chaque fois de demander à tout prix du Nasacort® (triamcinolone acétonide). Pourquoi ? Car c’est un spray qui permet de masquer la cortisone. Quand on va au contrôle, on déclare qu’on est allergique aux acariens, qu’on a une prescription de Nasacort® et qu’on en a pris le matin par voie nasale. Et à côté, on a pu se faire tranquillement une injection de Kenacort® (produit interdit contenant lui aussi de la triamcinolone acétonide) car, au contrôle, on ne sait pas faire la différence entre le spray et l’injection.

Ensuite, le médecin t’envoie vers un dermatologue. Tu te grattes un peu les testicules avec du sel pour lui montrer que tu as des rougeurs et il te prescrit six mois de Diprosone® (bétaméthasone) en pommade. Comme ça, derrière tu peux te faire du Diprostène® (interdit, contenant lui aussi de la bétaméthasone) en injectable sans risquer non plus d’être positif. » [Le Monde, 15.03.2004]

 

 

Le cheval de bois plus fort que le pur-sang ?

Par défaut

Dans une récente interview parue dans Pédale, un magazine annuel publié par So Foot, Laurent Brochard – l’ancien champion du monde 1997 – accrédite la thèse du cheval de bois dominant le pur-sang grâce au dopage.

Sauf que cette affirmation est régulièrement contredite par les faits.

Avant les meilleurs restaient les meilleurs

 A la question posée par un journaliste de So Foot : « Avant, avec le dopage à papa, les meilleurs restaient les meilleurs. Mais avec l’ÉPO, la hiérarchie a commencé à être bouleversée, les bourrins pouvaient devenir des étalons… », la Broche rétorque : ‘’ Oui, on s’en est aperçu. Il y a des produits comme ça qui peuvent tout changer et donc sûrement changer ton corps.’’ Tout en répondant à la question, Brochard s’aperçoit que d’accréditer le changement surnaturel dû au dopage à l’ÉPO et alors que lui-même en prenait, décrédibilise ses performances. Ainsi, après son acquiescement initial, son discours change radicalement : « Mais quand même, la hiérarchie restait conforme aux qualités intrinsèques des coureurs, je pense, en tout cas chez Festina, il n’y a pas eu d’abus dans ce genre de choses, en tout cas pour moi c’est sûr. »

Au final, le milieu cycliste – journalistes compris – veut nous faire avaler qu’avant l’apparition de l’ÉPO au début des années 1990, le dopage ne changeait pas la hiérarchie du peloton. Et donc, par corollaire, qu’il n’y avait pas lieu de s’en offusquer. C’est bien sûr l’argumentation de nombreux journalistes ayant assisté sans broncher à l’extension de la triche pharmaceutique et de la plupart des cyclistes, espérant ainsi, pour les premiers, minimiser leur complicité passive et, pour les seconds, nier l’influence du dopage dans leurs performances.

Anquetil : les amphets « changent un cheval de labour en pur-sang d’un jour »

En réalité, des géants du Tour tels Jacques Anquetil – dès le début des années 1960 – affirmaient l’inverse en expliquant que le dopage aux amphétamines « change un cheval de labour en pur-sang d’un jour. » Dans l’émission culte de la télévision ‘’Cinq colonnes à la une’’, le Normand s’était exprimé sur le thème de l’efficacité du dopage : « Sans stimulants, les grandes performances ne seraient jamais battues. » Lors de tests grandeur nature dans des compétitions contre la montre, le ‘’Patron des pelotons’’ des années 1960 avait quantifié l’effet des amphétamines sur ses temps de course. Cette évaluation effectuée sur le Grand Prix de Forli, avait donné – en l’absence de Bomba (dynamite) – une détérioration de la vitesse moyenne de 2,5 km à l’heure sur un parcours de quatre-vingt-sept kilomètres, soit 5,7 % de débours. A titre de comparaison, signalons que Jean-Marie Leblanc, patron du Tour de 1989 à 2006, évaluait à trois kilomètres/heure le gain de vitesse moyenne procuré par l’ÉPO.Les corticos : c’est ce qui fait le plus la différence

 Par ailleurs, certains comme Laurent Fignon font passer les corticoïdes pour des dopants de catégorie inférieure. Ce dernier précisait que du temps de sa splendeur 90% du peloton carburait aux corticos et que cela ne l’empêchait en rien de faire la course en tête. David Millar, professionnel de 1997 à 2014, a un avis plus tranché sur ces fameux corticos : « J’en ai pris. Et, pour moi, c’est ce qui faisait le plus de différence. Presque plus que l’ÉPO. Ça t’assèche. C’est un miracle si j’arrivais à descendre sous les 77 kilos. Une injection de Kenacort® (un corticoïde synthétique) et j’étais à 75 après une semaine, dix jours ! Tu t’imagines le niveau de performance. Deux kilos à ce niveau-là, c’est énorme. Et en course, ça te rend plus fort. La première fois que j’en ai pris après la Vuelta 2001, c’était sur un chrono. J’avais tellement de force que tous mes tendons me faisaient mal. »

Au final, les aides biologiques à la performance (ÉPO, anabolisants, corticos, etc.) mais aussi les amphétamines, apparues au décours du second conflit mondial, modifient la hiérarchie entre les adeptes de la pharmacie et les non-consommateurs.

Article publié dans Cyclosport Magazine, n° 106, juin 2015